La réforme de l'enseignement des sciences

Publié: 11 octobre 2010 dans Éducation
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Reynald Du Berger

(Contact via Courriel),

Dans le cadre d’une journée pédagogique organisée à leur intention par leur commission scolaire, j’enseignais les sciences de la Terre vendredi dernier à des enseignants en sciences au secondaire. Sur 18 enseignants, il y avait 14 femmes, ratio qui m’a étonné. Se pourrait-il que les garçons soient moins attirés que les filles par cette profession d’enseignant en sciences au secondaire? C’était pourtant l’inverse autrefois.

La plupart d’entre elles avaient une formation de base en biologie ou en enseignement de la biologie. Certaines m’ont exprimé leur désarroi et même leur angoisse face à la réforme scolaire qui leur est imposée. Les notions de géologie qu’elles devront enseigner sont saupoudrées sur plusieurs niveaux ou cycles de formation et distribuées à travers différentes matières. Autrement dit, il n’y a pas de cours de géologie comme tel mais plutôt des « enseignements » en géologie. De plus, cet enseignement sera confié à des enseignants dont la vaste majorité n’ont pas de formation ou encore ont une formation déficiente en géologie. Les sciences sont donc morcelées en modules qui s’interpénètrent et dont l’enseignement est confié à des enseignants qui n’en ont pas nécessairement la maîtrise. Si cette fragmentation et dispersion se poursuivent, on peut entrevoir que bientôt, le principe d’Archimède sera une « notion » qui sera enseignée en piscine par une biologiste dans le cours d’éducation physique qui lui aura été imposé comme partie de sa charge d’enseignement pour des raisons syndicales! Je caricature à peine les aberrations où nous mènent notre système d’éducation québécois et sa réforme.

Il y a quatre ans, la Suisse, par référendum, rejetait massivement cette réforme qu’elle avait engendrée quelques années auparavant et qui servait pourtant de modèle à plusieurs pays. Les Suisses ont donc exprimé leur ras-le-bol de ces acrobaties pédagogiques qu’on leur impose, tout comme ici, depuis les années 1970. Ils ont voté pour «retourner en arrière» , pour retrouver les bonnes vieilles matières de base d’autrefois, comme aussi les bulletins de notes chiffrés, les moyennes de classe, la promotion annuelle.

L’expression « retourner en arrière » est pourtant mal perçue au Québec, où l’on prétend aller toujours de l’avant. On ne peut plus aller de l’avant quand on se butte au mur qui a été érigé au fil des ans par le laxisme de notre système d’éducation, reflétant simplement celui de notre société. Petit à petit, on a fait croire à nos jeunes que la science n’avait de sens que si elle s’appliquait à leur « vécu » quotidien. Que l’apprentissage de cette science pouvait être un jeu amusant, ne requérant pratiquement aucun effort intellectuel.

Il faut radicaliser l’enseignement des sciences au secondaire. Il faut retourner aux sciences de base: physique, chimie, biologie et géologie avec toute la rigueur que cela comporte. L’élève découvrira lui-même au fur et à mesure de sa progression, les relations qui existent entre elles, sans qu’on les lui suggère ou même impose et parfois de façon plus ou moins tordue et immorale au moyen de cours bidons comme « le monde contemporain » où l’on endoctrine les élèves de secondaire V à l’écologisme.

Il faut aussi confier l’enseignement de ces sciences à des spécialistes de chacune d’elles. Les élèves décrocheront de l’école simplement parce que leurs professeurs sont plates à en mourir car on les a forcés d’enseigner une matière qu’ils connaissent peu et qu’il n’aiment pas. La géologie doit être enseignée par un géologue compétent et passionné par son domaine. Il doit amener ses élèves sur le terrain par groupes de pas plus que 60, même si ça prend plusieurs voyages de bus scolaires. Il les amènera au pied des chûtes Montmorency où il leur montrera la faille de Montmorency, leur fera casser au marteau de géologue des shales noirs qui sentent le pétrole à plein nez dès qu’on les casse. Ils sauront alors d’où viennent ces gaz de shale que les journalistes ignares en géologie s’entêtent à appeler « de schiste ». C’est là-dedans qu’il faut investir, davantage que dans des amphithéâtres.

Je ne suis plus du tout certain que le baccalauréat d’enseignement en physique soit la meilleure filière pour enseigner la physique au secondaire. Le meilleur test: sur une classe de 30 élèves qui se sont bourrés de poutine à midi, l’enseignant doit démontrer à 13h30 sa capacité à enseigner son cours de physique sans que personne ne s’endorme! La première qualité de l’enseignant en sciences ne s’enseigne ni ne se développe dans les facultés des sciences de l’éducation: elle est innée et c’est la passion pour sa matière qu’il transmettra forcément à ses élèves, lesquels seront moins portés à décrocher. Notre gaz de shale, notre pétrole et nos minerais québécois sont des ressources naturelles qu’on doit développer mais nos jeunes cerveaux constituent notre première ressource que nous avons trop longtemps négligée. Il est temps d’agir avant qu’ils aient tous décroché.

commentaires
  1. temps dit :

    Je trouve les termes « notre système d’éducation, reflétant simplement celui de notre société » criant de vérité. La société depuis quatre décennies pense qu’un moyen de communication est supérieur à l’homme, elle utilise même ce moyen de communication (chiffres virtuelles sur un compte) pour enlever des organes à des hommes vivants, comme du bétail, une abomination, alors difficile de défendre un système comme l’éducation qui est au service de l’homme.
    Cordialement

  2. Mario Asselin dit :

    «Il y a quatre ans, la Suisse, par référendum, rejetait massivement cette réforme qu’elle avait engendrée quelques années auparavant et qui servait pourtant de modèle à plusieurs pays.»

    Vous auriez une source crédible pour appuyer cette affirmation? De ce que je sais, un Canton (Genève) aurait demandé un retour aux bulletins chiffrés, mais affirmer que toute la Suisse est «revenue en arrière… hum… ce n’est pas ce que mes confrères en Suisse m’ont mentionné cet été lorsque je les ai rencontrés.

    Sur le reste, je ne sais pas ce que vous voulez dire par «radicaliser», mais «confier l’enseignement de ces sciences» à des personnes compétentes en sciences, je suis POUR!

    • Reynald Du Berger dit :

      Ce sont en effet les électeurs du Canton de Genève qui ont rejeté la réforme par référendum et cela a eu des échos non seulement dans tout le reste de la Suisse mais jusqu’ici ou l’on sert la Suisse comme exemple de l’échec de cette réforme.

      Radicaliser veut dire littéralement « aller aux racines de » donc cela consiste à enseigner la quintessence d’une science et non pas seulement des « applications ou des liens avec la vie de tous les jours » que les néo-pédagogues de nos facultés de sciences de l’éducation appellent le lien avec le « vécu de l’élève ».

  3. A propos de l’éducation aux Etats Unis, j’ai vu ce documentaire très intéressant hier au soir. A ne pas manquer…Waiting for Superman

    http://www.cinemamontreal.com/bandes-annonces/190485/Waiting_for_Superman.html

  4. […] La réforme de l’enseignement des sciences Dans le cadre d’une journée pédagogique organisée à leur intention par leur commission scolaire, j’enseignais les sciences de la Terre vendredi dernier à des enseignants en sciences au secondaire. (tags: lcb education local 2010-10-11) […]

    • Fernand dit :

      Monsieur le théologien Monette a donné des cours d’écologie aux enseignants quand il dit: « j’enseignais les sciences de la Terre vendredi dernier à des enseignants en sciences au secondaire ».

      Est-ce le même Michel Monette qui faisait parti du Regroupement québécois contre le bruit ???

  5. Williams pq dit :

    Est-ce que nos jeunes qui formeront notre futur élite ont droit aux meilleurs enseignants selon la convention collective?

  6. […] La réforme de l’enseignement des sciences » Les analystes.ca Dans le cadre d’une journée pédagogique organisée à leur intention par leur commission scolaire, j’enseignais les sciences de la Terre vendredi dernier à des enseignants en sciences au secondaire. Sur 18 enseignants, il y avait 14 femmes, ratio qui m’a étonné. Auteur : Reynald Du Berger a été  un des professeurs fondateurs de l’Université du Québec à  Chicoutimi, où il a enseigné la géophysique pendant plus de 30 ans. Depuis 3 ans, il écoule une retraite paisible dans sa résidence de la région de Québec au bord de la rivière Montmorency. […]

  7. Renee Houde dit :

    Le Québec sait comment faire pour reculer en arrière!

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