LE CORDON DU COEUR

Publié: 14 janvier 2019 dans Uncategorized

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On m’a demandé un jour  une conférence sur les tremblements de terre – comme  j’en fais souvent- dans une école secondaire de Jonquière.  C’était dans le cadre d’une demi-journée organisée  afin de donner le goût aux jeunes de faire de la science et leur faire connaître quelques professions scientifiques, dont celles d’ingénieur et de  sismologue. Nous étions une demi-douzaine de professionnels à parler de sujets divers de la  mycologie à l’ornithologie en passant par la physiothérapie.

Les élèves  avaient choisi leur atelier à l’avance et se présentaient au local correspondant à leur choix. Je suis ravi d’apprendre que mon atelier est le  plus populaire.  Le groupe est formé d’élèves (au primaire il faut dire des  « amis ») de secondaire I, II et III. Le professeur est une ravissante jeune  diplômée en enseignement des mathématiques de l’UQAC que j’ai déjà eue comme élève en géologie. Elle contrôle les  présences à l’entrée et m’explique que les élèves auront à faire un travail  suite à mon exposé, « pour les motiver » me précise-t-elle. En réalité il s’agissait d’un moyen de pression afin de s’assurer de leur présence et les forcer à un peu d’attention. Elle me dit que j’ai jusqu’à 11h30. Au début, je leur explique  qui je suis, ce que je fais dans la vie et leur écris au tableau mon email au cas où certains auraient des questions dans le cadre du travail qu’ils auront à faire. Je  passe mes deux carousels de diapos (c’était avant power point) en accélérant à la fin afin de finir  dans le délai qui m’est imparti. Je termine à 11h25 et leur demande s’il y a des questions… On aurait entendu une mouche voler. La prof insiste: « pas  de questions? »… Je demande à la prof « mais pourquoi ils restent assis comme  ça »?  « Ils attendent la cloche » me répond-elle. On attend … puis soudain on  entend un carillon et c’est la débandade, badaboum badaboum badaboum! Quand le gros du troupeau est  passé, une élève s’avance vers moi et me demande timidement  » ça prend-tu  des longues études pour faire ce que vous faites? »  Je lui demande alors pourquoi elle n’a pas posé sa question avant et elle me répond « Je voulais pas paraître trop nerd »

Le dimanche soir suivant vers 21h, je reçois cet email d’un certain Kevin qui m’écrit « Salut vous êtes venu donner une conférence sur les tremblements de terre à mon école jeudi matin et j’aimerais savoir quel est le plus gros tremblement et de terre de toute l’histoire jamais enregistré. Si possible répondez moi vite et voici mon adresse email … »

Je lui réponds que c’est probablement celui du Chili de 1960 avec une magnitude de 9,5. Je lui donne deux liens sur le net à partir desquels il pourra amorcer sa recherche.

À 22h il rapplique: « oui mais j’aimerais avoir un peu plus d’information, un court texte si vous en avez un, merci encore »

Kevin  voulait « un court texte ». Il avait probablement passé le weekend au sous-sol avec sa copine ou devant sa console video et se trouvait pris de court en ce dimanche soir devant le travail, le « court texte »  qu’il devait produire pour le lendemain matin à 8h. Je me suis bien gardé de lui faire la leçon, car c’était l’affaire de ses profs et de ses parents.

Mon père aurait dit  « Il a le cordon du coeur qui traîne dans la marde ».Autrement dit, il est paresseux,  il veut du tout cuit. Kevin n’a pas le goût de l’effort. C’est d’abord sa faute, mais aussi celle de la pédagogie, des méthodes, de la « réforme », de l’école, des profs et des parents. Dans cette combinaison complexe d’influences, on a presque complètement  évacué la notion de l’effort nécessaire pour atteindre le but. Combien de jeunes se proposent spontanément pour faire la vaisselle, tondre le gazon, sans demander d’être payé? On dit aussi qu’ « ils ont un poil dans la main ».

Parmi les nombreuses phrases malheureuses servies au cours des derniers jours aux Gilets jaunes par le président Macron, il en est une qui parle du sens de l’effort. Et cela m’a rappelé mon aventure à cette école du Saguenay. beaucoup trop de Français oublient le sens de l’effort” leur a-t-il admonesté. Et il a 100% raison. Sauf que ce n’est pas le genre de sermon qui va lui attirer des fidèles, il le sait et il a le courage de l’assumer.

En France comme ici, beaucoup trop de citoyens ont développé une culture de créanciers. Le gouvernement doit les prendre en charge en cas d’infortune. Ils se sont habitués à un état providence. Ils auraient détesté le même sermon servi par Kennedy « Don’t ask what your country can do for you, ask what you can do for your country! ». J’adore cette parodie de Nicolas Canteloup sur la visite du Premier ministre et du Président français chez des employés de la SNCF. C’est de l’humour français… régalez-vous!

Le mouvement des Gilets jaunes a été déclenché à l’origine par une taxe de carbone injuste, imposée aux Français par leur gouvernement, – comme Philippe Couillard a aussi imposée à ses citoyens-. Cette taxe veut faire expier aux citoyens automobilistes, le péché carbonique qu’on leur reproche à tort, car il n’est pas prouvé que les gaz d’échappement de leurs voitures contribuent de façon significative au « réchauffement du climat ». Le but de ces manifs était donc très juste et noble. La gauche s’est ensuite emparée du mouvement et l’a dévié dans toutes les directions, comme une poule sans tête. Ce fut alors le pouvoir d’achat, le smic, les retraites, l’isf et enfin le RIC. Chacun a un grief contre Macron et croit que la solution commence par la destitution du Président.

Les Français ne se reconnaissent donc plus dans leur président et réclament sa démission. La France est une monarchie républicaine – ou une république monarchique- dans laquelle les sujets, maintenant vêtus de gilets jaunes, ont pris l’habitude depuis Louis XVI, de trancher régulièrement la tête de leur roi. Le regretté Jean d’Ormesson a défini un autre système de gouvernement, qui n’est pas loin de celui français, et qu’il appelle  « Inaptocratie : un système de gouvernement où les moins capables de gouverner sont élus par les moins capables de produire et où les autres membres de la société les moins aptes à subvenir à eux-mêmes ou à réussir, sont récompensés par des biens et des services qui ont été payés par la confiscation de la richesse et du travail d’un nombre de producteurs en diminution continuelle. »

J’étais à Paris à la mi-décembre, pour le chapitre V de cette saga… relativement calme, comparé au chapitre IV. Il faut dire qu’on avait pour ce chapitre, déployé 8 000 policiers et CRS et 14 blindés. Samedi dernier, c’était le chapitre IX. Rappelons qu’il existe un précédent. En 2015, et pendant un an et demi, les Brésiliens sont descendus dans la rue à chaque samedi, pour enfin obtenir la destitution de leur présidente Dilma Rousseff le 31 août 2016. Ce n’est pas le sort que je souhaite à ce pauvre bouc émissaire Macron.

Certains ont comparé ce mouvement des Gilets jaunes à mai ’68, d’autres à la révolution de 1789. Personnellement, je dirais que ce n’est pas une révolution, c’est une révolte

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commentaires
  1. Alain Girard dit :

    Très bon texte. Et entièrement d’accord sur le sens de l’effort anémique aujourd’hui chez les jeunes. Je le déplore depuis longtemps…

  2. Claude Lavallée dit :

    C’était « avant Power Point » et le Kevin utilisait la Messagerie Électronique?

    • Reynald Du Berger dit :

      les projecteurs et écrans sont apparus bien après Power Point dans les écoles. Par contre, en 1979, j’avais un Apple IIe avec une carte modem et par téléphone, j’étais branché à internet et communiquais aux USA avec quelques collègues. Je fus le premier au Saguenay a avoir été connecté sur internet. Par contre dans mes cours, ici comme en France, j’ai utilisé très longtemps le bon vieux tableau et la craie… que j’utilise encore !

  3. Marcel Metcalfe dit :

    Le problème français est très complexe tout comme celui du Québec, dans les deux cas, on s’est donné une structure sociale qui devient de plus en plus difficile à supporter financièrement, de plus, les programmes sociaux tous plus généreux les uns que les autres rendent une trop grande partie de la population dépendante de l’État. Ajouter à cela une migration de masse, non désirée, qui elle aussi dépend de la générosité du tissu social auquel elle n’a pas contribué…Ça rend la situation explosive. Pour faire face à ses responsabilité, l’État a imposé ceux qui ont le malheur de travailler au maximum, et ceux qui possèdent beaucoup, au delà du raisonnable, ce qui en n’a fait fuir plusieurs. Il existe aussi un envers à la médaille, la richesse et le pouvoir se concentre de plus en plus dans les mains de quelques uns qu n’hésitent pas à créer et profiter du chaos engendré par leur pouvoir et exigences pour amener les populations dans un gouvernement unique dans lequel ils seront les maîtres absolus. Les riches s’enrichissent de plus en plus, la classe moyenne disparaît et la pauvreté devient immense dans nos pays industrialisés. On ajoute à cela le supposé réchauffement climatique qui pour être réglé demande des taxes et sacrifices de plus en plus grands à la classe ouvrière, on descend celle-ci au niveau de la pauvreté, ce qui va occasionner beaucoup de bouleversement… Naturellement je parle de la France car au Québec on aime se faire tondre par notre gouvernement.

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