"Intimidation" et "capitalisation politique" à La Pocatière ?

Publié: 25 novembre 2010 dans Uncategorized

Reynald Du Berger

Le billet de Guillaume réveille en moi le souvenir d’un article publié en 1935 par mon père Georges-Henri, alors journaliste à L’Action catholique (il n’avait que 21 ans) , et qui n’a même pas fait la une. Il décrit en détail deux assemblées politiques de l’Union nationale tenues le même soir, l’une à l’Ange Gardien et l’autre à Beauport, entre les deux élections générales provinciales de 1935 et 1936.

Le Parti libéral remporte l’élection de 1935, de justesse. C’est la quatrième victoire électorale consécutive pour Louis-Alexandre Taschereau. Toutefois, croulant sous les scandales, il doit démissionner moins de sept mois plus tard. Depuis combien de mois Jean Charest, tient-il péniblement le « volant » de notre vieille minoune québécoise de 1935, et il le tiendrait semble-t-il maintenant à plus de deux mains… sont-elles toutes propres? où nous mène-t-il donc? notre vielle minoune n’a même plus de freins, elle ne tient plus la route, devrait-elle être « retirée de la circulation » en même temps que son chauffeur? bonne pour la casse? et on la remplace par quoi? et on met qui au volant? à moins que le citoyen québécois décide enfin de conduire lui-même sa propre voiture ! – allusion discrète au Réseau Liberté-Québec qui prône avec raison l’autonomie du Québécois au détriment de l’interventionnisme étatique-

Entre l’élection du 25 novembre 1935 (il y a 75 ans aujourd’hui) et celle du 17 août 1936, le Parti conservateur et l’Alliance libérale nationale fusionnent sous le nom de l’« Union nationale » et ce parti deviendra une force politique redoutable.

L’échange de propos anodins mais néanmoins grossiers entre quelques malotrus et partisans politiques opposés, enregistré sur la vidéo citée par Guillaume (retirée de son billet à la demande de son auteur) sera-t-il capitalisé politiquement par la candidate libérale? Qu’en est il de l’échange un peu plus musclé rapporté par mon père en 1935? Maurice Duplessis en aura-t-il tiré du capital politique? Le fait est que le 17 août 1936, il remporte une victoire éclatante, 76 sièges contre seulement 14 pour les libéraux à l’Assemblée législative. L’article de mon père y aura-t-il été pour quelque chose?

Il n’y avait pas de caméras vidéos en 1935, encore moins de téléphones portables munis de caméras et j’admire mon père pour avoir su si habilement saisir et décrire avec autant de précision, à l’aide seulement de son crayon et son calepin, cette horreur, appelée le soir même simplement « scène pénible à voir » par le maire de Québec, M. J.-Ernest Grégoire. Les injures vociférées à La Pocatière en 2010 par les partisans libéraux ou péquistes, rapportées par Guillaume et dénoncées avec véhémence et indignation par la candidate libérale ne sont que des taquineries inoffensives comparées à la brutalité qui accompagnait celles d’il y a 75 ans. Jugez vous-mêmes. C’est long mais pas longuet du tout…

L’Action catholique, 9 décembre 1935.

DES ARRESTATIONS SERONT FAITES

Des assommeurs ont terrorisé, hier soir, le paisible village de l’Ange-Gardien sur la côte de Beaupré.

Un groupe de 15 à 20 jeunes gens, dont plusieurs sous l’emprise des liqueurs alcooliques, ont empêché la tenue de l’assemblée politique de M. le docteur J.-Félix Roy, ex-candidat de l’Union nationale dans Montmorency, et de ses compagnons. Armés de barres de fer, de bâtons et de chaises, ils ont envahi l’estrade où se trouvaient déjà plusieurs citoyens du comté et les principaux orateurs de la soirée. Ils ont frappé sauvagement tous ceux qu’ils ont rencontrés. Le sang a coulé. Le Dr Roy lui-même a été assez sérieusement blessé.

Aujourd’hui, gît sur un lit d’hôpital un nommé Charles Parent, de Beauport, qui , au cours de la mêlée, fut frappé violemment à la tête. Parent était parmi les manifestants et il aurait été victime de la méprise de l’un de ses compagnons qui, le prenant pour un partisan de l’Union nationale, lui aurait asséné sur la tête plusieurs coups d’une clef servant à ouvrir les bornes-fontaines.

Le docteur J.-Félix Roy a été assailli à la fois par trois manifestants. Deux lui brisèrent une chaise sur la tête, tandis que le troisième le frappa en pleine poitrine avec le microphone qui devait porter la parole des orateurs à l’intérieur et à l’extérieur de la salle. L’adversaire du premier ministre aux élections provinciales dans Montmorency, porte une profonde entaille longue de trois pouces au-dessus de l’oeil droit, et quelques contusions au bras droit et à la poitrine. Son état n’est pas grave toutefois. Il nous déclarait ce matin qu’il doit probablement la vie, à l’intervention de M. Dupuis, opérateur de radio, pour la maison L.-A. Gauthier, qui a brisé trois chaises sur la tête de ses assaillants.

En outre, une dizaine de personnes qui avaient pris place sur l’estrade souffrent de blessures plutôt légères. Un vieillard de 80 ans reçoit une chaise en pleine figure. Quelques-uns ne durent la vie sauve qu’au hasard providentiel. Citons entre autre le cas de M. J.-Wilfrid Dufresne qui vit voler en éclats, sous la barre de fer de son adversaire, les deux chaises dont il se couvrait la tête.

Son honneur le Maire Grégoire, député de Montmagny, aurait été malmené par les manifestants (on verra plus loin dans quelles circonstances) n’eut été l’intervention opportune de M. le Curé de l’Ange-Gardien, M. l’abbé Ludger Picher.

Son forfait accompli, la troupe ayant à sa tête un fier-à-bras du nom de Roméo Parent, se rendit à Beauport dans l’intention de briser l’assemblée que tenaient, au Manège Militaire, Mtre Horace Philippon et ses amis.

La foule, émue par ce qui venait de se passer à l’Ange-gardien, ne s’en laissa pas imposer et rejeta à l’extérieur les manifestants. Ceux qui parvinrent à tromper la surveillance se contentèrent de manifester par leurs cris. La Police Provinciale, qui ne s’était pas rendue à l’Ange-Gardien, se trouvait à l’assemblée de Beauport. Un certain nombre de dames assistaient aux deux assemblées politiques de l’Union Nationale. Quelques-unes ont été prises de panique à la vue du sang répandu à l’Ange-Gardien.

Les deux candidats de l’Union Nationale tenaient chacun une assemblée pour remercier les électeurs qui les ont supportés au cours de la dernière campagne électorale et pour protester contre certaines irrégularités dont se seraient rendus coupables les ministériels en la même circonstance. Le docteur Philippe Hamel, député de Québec-Centre, affligé d’une mauvaise grippe, n’avait pu se joindre à ses amis.

À bonne heure, ce matin, on nous apprenait à l’Hôpital de l’Enfant-Jésus, que Charles Parent avait sommeillé quelques heures et qu’à six heures, il était à demi-conscient. Dès son arrivée à l’hôpital, il dut subir un examen radiographique. Les médecins ne se sont pas encore prononcés sur son cas. S’il n’y a pas de fracture profonde du crâne, il est probable qu’il survivra.

Nous donnons ci-dessous, en résumé, la physionomie des deux assemblées de l’Union Nationale tenues, hier soir, sur la côte de Beaupré.

À L’ANGE-GARDIEN

Voici comment se résume la sanglante affaire de l’Ange-Gardien.

Dès 8 heures, une foule considérable avait envahi la salle paroissiale où devait être tenue l’assemblée de l’Union Nationale. Avant l’arrivée des orateurs, un jeune homme monta sur le théâtre et demanda à la foule de bien vouloir écouter paisiblement ceux qui allaient parler. On l’applaudit, de même qu’on applaudit M. le docteur Félix Roy lorsqu’il fit son entrée, suivi de ses lieutenants.

Sur le théâtre prirent alors place plusieurs citoyens de l’endroit, notamment quelques vieillards de 80 ans et plus, ainsi que les premiers orateurs de la soirée, MM le docteur Félix Roy, le notaire Donat Demers, J.-Wilfrid Dufresne et Hormidas Langlais. Devaient aussi se rendre à cette assemblée et y adresser la parole, au milieu de la soirée, Son Honneur le Maire de Québec et député de Montmagny, M. J.-Ernest Grégoire, M. Oscar Drouin, député de Québec-Est et Mtre Horace Philippon, ex-candidat de Québec-Comté.

Monsieur Dufresne s’avance pour prendre la parole, sur l’invitation du président. Il avait à peine prononcé le premier de ces trois mots: « MM les Président », qu’un fier-à-bras du comté, du nom de Roméo Parent, sauta sur le théâtre, armé d’une clef servant à ouvrir les bornes-fontaines. « Les élections sont finies et vous ne parlerez pas ! » lança-t-il en brandissant le morceau de fer dont il était armé.

À ce moment, un groupe de 15 à 20 compères, qui se tenaient au premier rang de la foule, montèrent à leur tour sur le théâtre, armés de barres de fer et de chaises dont ils s’apprêtèrent à frapper tous ceux qui tombaient sous leurs mains. La mêlée qui s’ensuivit fut quelque chose d’horrible.

Un premier assaillant se jeta sur M. Dufresne qui, pour éviter le coup de barre qui lui était destiné, dut se garer avec une chaise. La chaise vola en éclats. Une seconde eut le même sort.

Un deuxième assaillant brisa sa chaise sur la figure d’un octogénère. Le sang commença à couler.

Le docteur Félix Roy fut alors cerné par trois individus, dont deux lui abattirent leur chaise sur la tête. Le troisième le frappa en pleine poitrine avec le bout du microphone. D’une profonde entaille sur le front, au côté droit, le docteur Roy perdit son sang qui couvrit sa chemise et son veston. Comme M. Dufresne se portait à son secours, on entendit un bruit sourd et un homme s’écroula, le crâne fracassé, sans doute par une barre de fer. Des voix crièrent:

« Y en a un d’mort! »

L’homme grièvement blessé était Charles Parent, l’un des assaillants. D’après la version des témoins, Parent aurait été frappé par l’un de ses compagnons au cours de la mêlée.

Ces mots, « Y en a un d’mort » désarmèrent les assaillants qui déguerpirent.

On courut chercher un médecin et un prêtre et l’on demanda l’ambulance Bouchard. Ce fut le curé de l’Ange-gardien, M. l’abbé L. Picher, qui arriva. Très calme, il s’agenouilla près du blessé et ordonna à la foule de faire de même et de prier pour le nommé Charles Parent.

Au même instant, arrivèrent MM. Les docteurs Robert Fiset et Jos-Émile Villeneuve, qui s’empressèrent auprès des blessés. M. le docteur Fiset jugea l’état de Charles Parent très grave et ordonna son transport immédiat à l’Hôpital de l’Enfant-Jésus, où les médecins procédèrent à un examen radiographique. De son côté, M. le docteur Villeneuve pansa les blessures du Dr Roy et de ses compagnons.

La foule commença à évacuer la salle.

Sur ces entrefaites arriva S.H. Le Maire Grégoire. Il allait descendre de son automobile quand la même troupe de voyous l’entoura et le menaça de lui faire un mauvais parti s’il osait mettre les pieds dans la salle. Des pierres furent lancées, mais n’atteignirent personne. Elles frappèrent une auto voisine de celle du maire. Grâce à l’intervention de M. Le curé Picher, M. Grégoire put échapper aux manifestants et gagner le presbytère. Quelques minutes plus tard, S.H. Le Maire de Québec se rendit à l’assemblée de Beauport.

Notons qu’a l’assemblée sanglante de l’Ange-Gardien on ne vit aucun représentant de la Police Provinciale.

À BEAUPORT

L’assemblée de l’Union Nationale tenue à Beauport, dans la salle du Manège, était présidée par le maire de la paroisse, M. le commandeur Albert Chrétien. Les orateurs furent, dans l’ordre suivant: MM. Pierre Gelly, avocat, Oscar Drouin, Noël Dorion, avocats, Jean Martineau, avocat et ex-candidat dans Berthier, M. Horace Philippon et son Honneur le maire Grégoire.

Jusqu’à neuf heures, tout se passa dans le plus grand calme. La foule applaudit et marqua son enthousiasme en faveur des orateurs. À partir de ce moment, les choses prirent une autre tournure. Des personnes au courant de la bagarre à l’assemblée du docteur Roy, parlaient de l’arrivée de la bande déterminée à briser les deux réunions politiques, et qui avait déjà fait une si triste besogne à l’Ange-Gardien.

Après le discours de M. Oscar Drouin, Mtre Noël Dorion fit part à la foule des incidents qui venaient de se dérouler à huit milles de Beauport.

« On nous informe » , dit-il, « qu’une bande organisée a pénétré dans la salle de l’Ange-Gardien et a assommé quelques uns de nos amis. On nous informe qu’il y a quelqu’un de blessé grièvement. C’est là une illustration nouvelle des méthodes du Régime pour empêcher la vérité de se faire jour en cette province. Contre ces méthodes canailles, nous venons protester ce soir. J’espère que le peuple sera avec nous pour montrer qu’il ne veut plus se laisser tyranniser par le régime Taschereau! ». (Applaudissements).

Monsieur Jean Martineau prit ensuite la parole. À ce moment, les terroristes de l’assemblée de l’Ange-Gardien commencèrent à se glisser dans la salle du Manège. L’un d’eux tenta de couvrir la voix de l’orateur.

« Dehors l’interrupteur! » crièrent plusieurs voix.

On entendit quelques sifflets. Le président, M. Chrétien, crut bon d’intervenir en demandant aux interrupteurs de se tenir cois dans « l’intérêt de la ville de Beauport ».

Les cris et les sifflets redoublèrent.

« Je vous en prie, pour la bonne renommée de la ville »… risqua de nouveau M. Chrétien. Il dut s’arrêter devant l’obstination des manifestants à lui couper la parole. Pendant quelques minutes, la foule se tient debout et attend. Quelques-uns montent sur le théâtre afin de mieux voir ce qui se passe à l’entrée de la salle. Les « Hourra Taschereau! » et les « À bas Taschereau! » fusent

« Dehors! » crie l’assistance toute entière, à l’adresse du groupe de manifestants.

Finalement, le flot de la foule parvient à rejeter la bande à l’extérieur. On referme la porte du manège et les auditeurs regagnent leur siège. Le silence se fait peu à peu. Le maire de Beauport demande à la foule d’écouter M. Martineau qui poursuit:

« Le meilleur moyen d’avoir raison de ces gens », dit-il, « c’est de ne plus s’en occuper » . Il félicite la population d’avoir mis à la porte les manifestants et, ajouta-t-il « de l’avoir fait si complètement » . « Il y a assez longtemps que nous nous faisons mener par ces bandits ».

À l’extérieur, le groupe de Roméo Parent se rue à l’assaut de la porte du manège, contre laquelle on lance des pierres. À l’intérieur, de nouveau la foule s’émeut. Néanmoins, Mtre Horace Philippon s’avance pour parler. On l’ovationne. Quelqu’un crie:

« J’ai le plaisir de vous dire que les voyous sont sortis ».

L’orateur remercie la foule pour la façon digne dont elle a fait les choses malgré les interruptions et parle de l’assemblée de l’Ange-Gardien.

« M. le maire Grégoire m’a fait dire que nous devrions faire attention à nous, parce que la bande nous réserverait le même sort. »

À ce moment, deux policiers provinciaux font leur apparition près de l’estrade.

« Messieurs de la Sûreté provinciale, on vous salue » lance Mtre Philippon.

Quelques interrupteurs, qui, profitant de l’entrée des policiers dans la salle s’étaient glissés derrière eux, se mirent à crier « Chou! ». De nouveau, on suspend l’assemblée. On parle et on crie près de la porte. Mtre Philippon reprend la parole.

« Je remercie » dit-il « ceux qui m’ont soutenu contre un régime dont vous avez ce soir des représentants ».

À l’arrière, les manifestants chantent « Il a gagné ses épaulettes !. » et crient « chou ».

Après une pause, Mtre Philippon demande si l’on peut continuer. La foule répond affirmativement.

« Si l’autorité ne peut protéger l’ordre » dit l’orateur, « nous allons organiser nos Canadiens, non pas en chemises noires, mais en belles chemises grises et la population se fera justice contre l’exploitation . »

On crie encore en arrière. Mtre Philippon continue quand-même et est applaudi.

« Je me demande s’il est dans l’intérêt de tout le monde de continuer l’assemblée » , dit-il.

« Oui, oui! », répond la foule.

On crie de nouveau. La conversation reprend de plus belle dans la salle et tous les auditeurs sont debout. Le Maire de Québec, M. Grégoire, fait son entrée, la foule l’acclame et entonne le « Il a gagné ses épaulettes. »

L’arrivée du maire de Québec en a rassuré plusieurs. La présence de M. Grégoire ne fut sans doute pas étrangère à l’atmosphère de calme qui plana sur l’assemblée dans la suite.

« Comme vous le voyez » continue Mtre Philippon, « la lutte n’est pas finie, elle commence. Il y a ici des représentants de la Police Provinciale. Nous leur demandons de faire leur devoir au nom de l’ordre public ».

Cet avertissement formel eut pour résultat de calmer les manifestants qui, de ce moment à la fin de l’assemblée, ne crièrent plus qu’une fois.

« Ces gens qui nous ont interrompus », dit encore Mtre Philippon, « ne sont pas les plus coupables. Les plus coupables ce sont ceux qui les ont soudoyés. Malgré les cris, nous continuerons de tenir des assemblées. Nous en aurons une immense dimanche prochain, au Manège Militaire. de Québec, et j’avertis la Police Provinciale qu’elle devra faire son devoir. Nous voulons l’ordre, mais nous ne permettrons pas aux autres de faire le désordre. »

La foule applaudit l’orateur qui regagne son siège.

Son Honneur le Maire Grégoire prend alors la parole. On applaudit; les hommes enlèvent leur coiffure et chantent « Il a gagné ses épaulettes!, »

L’orateur félicita et remercia la population de Beauport de l’accueil enthousiaste dont il était l’objet et relata la bagarre de l’Ange-Gardien qu’il qualifia de « scène pénible à voir ».

« Les manifestants »  dit-il « sont pour la plupart de braves gens qui ne comprennent pas le sens de la campagne que nous faisons. Ce sont des malheureux qui ne savent pas contre qui se venger de leurs malheurs . Nous sommes ici dans un pays libre. Nous devrions être maîtres chez-nous. Si des manifestants viennent ici c’est que des étrangers les soudoient . »

Monsieur le Maire s’éleva ensuite contre les articles du « Soleil » et de l’ « Évènement », puis raconta comment il avait fait lutte au candidat ministériel dans Montmagny. Il dit que «  le gouvernement de M. Taschereau ne connait pas ce que c’est que des élections honnêtes; ce que nous voulons, nous, pour l’avenir , c’est des élections honnêtes »    dit-il aux applaudissements de la foule. Il termina en déclarant qu’a Beauport, on pouvait parler librement et qu’on était écouté.

Quelques mots de remerciement de la part de Mtre Philippon et, à la demande de celui-ci, la foule entonne le « Ö Canada ».

Il était alors dix heures et demie.

À la sortie de la salle, nous avons assisté à un spectacle pénible. Plusieurs manifestants buvaient le salaire de leur sale besogne. Quant aux autres, ils crachaient des blasphèmes. Et cela, à la vue des agents de la Sûreté provinciale.

Des témoins nous affirment que des membres de la police provinciale ont assisté, impassibles, au lancement de pierres , dont quelques une énormes, contre la porte du Manège de Beauport.

Le chef apparent de la troupe, Roméo Parent, se mêla à un groupe de personnes et déclara qu’il ferait son affaire au premier qui oserait se prononcer contre M. Taschereau.

Autre détail intéressant. Une heure avant la tenue de son assemblée, Mtre Horace Philippon fut averti par téléphone qu’il était de son intérêt de se rendre tout d’abord à l’assemblée de l’Ange-Gardien. Inutile de dire que son interlocuteur refusa de dire qui il était. Mtre Philippon donna sa causerie au poste CRCK et dina au Château Frontenac. Comme il était 8hre15 lorsqu’il se leva de table et qu’il devait être à Beauport à 8hr30, il décida donc de ne pas se rendre à l’Ange-Gardien.

-30-

Georges-Henri Du Berger

commentaires
  1. […] « Intimidation » et « capitalisation politique » à La Pocatière ? Le billet de Guillaume réveille en moi le souvenir d’un article publié en 1935 par mon père Georges-Henri, alors journaliste à L’Action catholique (il n’avait que 21 ans) , et qui n’a même pas fait la une. Il décrit en détail deux assemblées politiques de l’Union nationale tenues le même soir, l’une à l’Ange Gardien et l’autre à Beauport, entre les deux élections générales provinciales de 1935 et 1936… (tags: 2010-11-25 lcb politique) […]

  2. Jacques dit :

    Y’a des pas si longtemps, le peuple se serait diriger près du Parlement, et aurait brassé les limousines des ministres pour leur manifester qu’on en a marre.

  3. Sebas dit :

    J’aime votre père, sans même le connaitre.😉

    J’aime les vieux et sages… en général, aussi.

    La nature humaine existe… et ne pas en tenir compte est contre-productif.

    Peut-être qu’un jour, l’humain changera suite à un « élèvement de la conscience » généralisé (grâce à Dieu???), mais pour l’instant nous devons en tenir compte dans toutes nos actions et solutions…

    Rien d’autre à dire là-dessus…

    • Reynald Du Berger dit :

      J’ai publié ce billet en hommage à mon père. Il a été un journaliste « à tout faire », ce qui demandait beaucoup de courage mais surtout une culture générale solide. Combien de fois, la nuit, quand je descendais aux toilettes, je le voyais encore penché sur sa vieille Underwood ?- que j’ai conservée- car il tapait le texte de la critique du concert auquel il avait assisté ce soir-là au Palais Montcalm. Il rédigeait même une chronique scientifique hebdomadaire dans l’Action catholique intitulée « coup d’oeil dans le domaine des sciences ». Il a appris son métier sur le tas. Aujourd’hui, le journalisme et l’animation médiatique sont devenus des métiers qu’on enseigne, la profession est devenue compartimentée, spécialisée, mais cela s’est fait au détriment de la culture générale. Un groupe de jeunes est venu chez-moi de Jonquière la semaine dernière, tourner un document sur la géologie (ça passera à VOX) qui doit parler aussi de séismologie. Quand ils sont arrivés, j’écoutais une Toccate de Buxtehude. Le jeune homme aux cheveux verts me demande « c’est quoi cette musique, et c’est quoi l’orchestre »? Je lui réponds « c’est de la musique en effet mais ya pas d’orchestre, il n’y a qu’un instrument qui s’appelle un orgue… pas un orgue à tuyaux,… un orgue! « . Je lui raconte comment, alors qu’il n’avait que 20 ans, Jean-Sébastien Bach entreprend un voyage à pied de 400 km jusqu’à Lübeck pour rencontrer le plus grand organiste de son temps, Dietrich Buxtehude. Le jeune m’a regardé étonné… il est pourtant étudiant en « Arts » et technologie des médias au CEGEP… Je ferai bientôt un billet sur la culture à l’école.

  4. Sebas dit :

    @ Reynald Du Berger:

    Comme je disais: j’aime votre père… sans même le connaitre.😉

    ***

    Vous dites:

    « la profession est devenue compartimentée, spécialisée, mais cela s’est fait au détriment de la culture générale. »

    Ouais, c’est comme ça dans presque tous les domaines.

    Et pire encore, dans le domaine de l’information, la plupart des journalistes ne maitrisent QU’UNE CHOSE:

    L’art de MANIPULER par les mots.
    L’art de bien communiquer LEUR PROPAGANDE.
    Etc.

    ***

    Vous dites:

    « Je ferai bientôt un billet sur la culture à l’école. »

    J’ai bien hâte de lire ça, et svp, parlez des *structures étatiques socialistes immorales*, qui amènent tous ces problèmes, toute cette dégradation…

    ***

    Aléa moral:

    L’aléa moral (moral hazard en anglais) désigne la possibilité qu’un assuré augmente sa prise de risque, par rapport à la situation où il supporterait entièrement les conséquences négatives des risques auxquels il s’expose. Le système bancaire actuel est un bon exemple de système où l’intervention de l’État incite les investisseurs à des prises de risque excessives.

    Ce phénomène ressort du domaine de l’économie comportementale.

    Les libertariens s’opposent systématiquement à cette déresponsabilisation des individus, qui est le propre d’une société socialiste[1].

    Suite ici:
    http://www.wikiberal.org/wiki/Al%C3%A9a_moral

  5. jcpomerleau dit :

    Magnifique cette chronique qui vous ramène au souvenir de votre père et a son travail essentiel de journaliste. Le rapprochement entre le régime corrompue de Taschereau et celui de Charest est tout à fait justifié. En fait Charest est pire que l’autre, c’est le pire gouvernement de notre histoire et j’inclus l’Intendant Bigot !

    Le défi qui se pose c’est de faire tomber ce gouvernement de toute urgence.Et la seule manière d’y parvenir c’est de mettre la pression sur les députés du PLQ pour qu’ils se désolidarisent de leur parti et laisse passer une motion de censure. Nous en sommes là.

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