UNE FLÛTE MÉTALLIQUE

Publié: 3 août 2018 dans Uncategorized

flute

Je ne suis pas critique musical, je suis un simple mélomane. Je pense néanmoins que les médias devraient, en plus de publier la critique des érudits en musique, laisser parler le simple mélomane. Mozart n’a pas composé ses opéras pour les musicologues, mais pour le public, pour « le monde ordinaire » comme on dirait aujourd’hui. La flûte enchantée de Mozart que j’ai vue hier soir m’a ébloui. Pourtant, j’en n’étais pas à ma première flûte. Je partage largement la critique par Josianne Desloges de ce chef-d’oeuvre de Mozart mis en scène par le présentement controversé mais talentueux Robert Lepage.

J’ai été ébloui musicalement mais aussi visuellement. Les costumes des choristes, de Sarastro et de la reine de la nuit brillaient de mille éclats métalliques. La quantité de métal dans ces costumes faisait sans doute du chef-d’oeuvre de Mozart la première flûte enchantée heavy metal… même la flûte de Tamino – que le livret précise pourtant « taillée dans le cœur d’un chêne »- avait été taillée dans un lingot de métal… Papageno maniait sa flûte de pan beaucoup plus adroitement que Tamino sa flûte de métal.

La mise en scène ingénieuse de Lepage pour les deux apparitions – et disparitions- de la reine de la nuit a atténué un peu la performance terne et pénible  de la soprano qui peinait et même chantait faux dans les aiguës. Ma reine de référence demeure Cristina Deutekom pour laquelle un méchant critique a osé dire – en référence à sa taille pas tout à fait de guêpe- « she looks like a plump bavarian dumpling just about to break in the beer barrel polka ». C’est vrai qu’elle ressemble à la Reine Victoria, mais quelle voix!… et ces aiguës sortent sans effort apparent… écoutez

Deux voix m’ont particulièrement impressionné, celle de Tamino (Frédéric Antoun), mais surtout celle de Sarastro (John Relya). Si le chef-d’oeuvre de Mozart demande une reine de la nuit soprano colorature aguerrie,  capable de négocier les aiguës audacieuses exigées par la partition du maître, à l’autre extrémité du spectre vocal, Sarastro est confronté à de rares notes graves que la basse canadienne a brillamment rendues.

Cette dernière comparaison aiguës-graves me rappelle le festival Bachfest (200 concerts de haut calibre en moins de 10 jours dans une ville de la taille de Québec) auquel j’assistais pour la première fois le mois dernier à Leipzig. J’ai assisté à la Passion selon St Mathieu présentée dans la Thomaskirche, l’église même dans laquelle Bach repose et où il a présenté la plupart de ses cantates et œuvres pour orgue. Fidèle à l’esprit de Bach (les femmes ne pouvant pas chanter dans les églises luthériennes à son époque) la partition d’alto était confiée à un contre-ténor (qui était à l’époque un castrat). Plus tard, les oeuvres de Mozart exigeant un registre s’étendant dans les notes extrêmement graves, on inventa les bastrats, chanteurs basses à la voix portée jusqu’aux notes les plus graves, grâce à la greffe d’une paire de couilles supplémentaires, généralement prélevée chez les castrats (il n’y avait donc pas de pertes). Inutile de préciser qu’il y avait des tensions énormes entre les deux extrémités du choeur.

Cette mise en scène de Lepage est à l’image de son célèbre Moulin à images pour lequel un des mes amis me disait en fin de spectacle, « c’est pas génial, mais c’est ingénieux »… allez-y pour voir…et écouter.

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commentaires
  1. Girard dit :

    J’y étais aussi hier, M. Du Berger et je suis d’accord avec vous pour la performance ordinaire de la Reine de la nuit (ce n’est pas Diana Damrau, en tout cas !!!) et l’excellente performance de Papageno, tant dans le chant que dans son jeu d’acteur. Pamina ne m’a pas impressionné mais j’ai été « enchanté » par la voix de Sarastro.

    Bref, j’ai adoré la mise en scène et j’ai passé une excellente soirée 🙂

  2. Paul S. dit :

    Monsieur professeur Du Berger,

    Vous êtes une source inépuisable d’informations encyclopédiques sur des sujets inconnus de nous les quidams.

    J’aimerai en savoir plus sur les bastrats :

    – Chantent-ils en chœur ou ont-ils aussi des rôles individuels ?
    – Yvan Rebroff, en était-il un ? Avait-il un étrangleur scrotal pour passer au soprano ?
    – La greffe, se fait-elle par des paires de chenolles assorties ou de deux provenances discrètes ?
    – Y a-t-il des bastrats à trois chenolles, cinq, etc ..
    – Techniquement parlant, l’insertion se fait-elle dans la poche existante ou par la greffe d’un scrotum plein sur un autre site (plus haut, plus bas ou à côté) ?
    – Y a-t-il des donneurs volontaires à la banque de chenolles pour l’Art ?
    – Avez-vous déjà donné ?
    – Cette ablation, a-t-elle aiguisé votre intellect et précisé votre position climato-réaliste ?
    – Peut-on léguer ses chenolles à l’Art par le consentement de prélèvement après un décés accidentel, prescrit par la SAAQ ?

    Grâce à vous nous apprenons tous les jours.

    Merci,
    Paul S.

    • Reynald Du Berger dit :

      Vous me posez beaucoup de questions mais j’ai fait quelques recherches sur les bastrats de Bach d’où il ressort que le Dr Frank Einstein était le médecin chirurgien personnel de Bach (qui était lui et sa nombreuse famiile , inscrit au privé en santé, car les revenus de ses cantates le lui permettaient et il ne consommait que du café et non de la bière et du schnaps – d’où sa fameuse cantate du café BWV 211 https://www.youtube.com/watch?v=nifUBDgPhl4 ) . Le problème majeur était le rejet car on n’avait pas de médicaments anti-rejets. Les castrats se sentaient donc doublement rejetés car non seulement on les avait cruellement mutilés à froid et souvent inutilement , mais les receveurs rejetaient ce précieux cadeau.

      Pour produire un bastrat de bonne qualité il faut un donneur du même groupe sanguin que le receveur (ce qui explique le nombre élevé de rejets du temps de Bach) .

      La greffe de une ou trois couilles dite greffe asymétrique est possible mais donne un résultat médiocre, soit un bastrat chantant un demi-ton plus haut ou plus bas qu’indiqué dans la partition (selon la taille des couilles greffées)

      Le seul choeur connu formé uniquement de bastrats est celui de L’Armée Rouge.

      Il existe des campagnes de publicité du genre « des couilles pour la culture » ou des roubignolles pour la musique » ou « faites chanter vos valseuses » mais on n’a jamais sollicité de donneurs chez des politiques ni libéraux , ni caquistes, ni néo-démocrates, ni au Québec, ni au Canada, pour des raisons évidentes.

      Le donneur potentiel le plus sollicité tant pour la taille que pour la qualité de son éventuel don, autant en Europe qu’en Amérique est Donald Trump et cela ne surprendra personne.

      Ce qui fonctionne avec les couilles ne marche pas avec le cerveau donc la greffe d’un autre cerveau libéral ou CAQUISTE ne fera jamais de vous un conservateur. Vous devrez assumer votre handicap.

      d’autres questions ?

      • Paul S. dit :

        De mon côté je crois savoir que la clé du succès était la cautérisation rapide des veines et des conduits séminaux dans la poche prélevée, au moyen de toiles d’araignée, de préférence de la Chiracanthe ponctuée.
        Bien entendu, il fallait faire pareil pour le donneur et il paraît que le timbre de voix des sujets ainsi traités était exceptionnel. On cite Farinelli à ce sujet.

        Le Potus Trump est un mesquin infréquentable qui ne contribuerait sûrement pas à la Banque de chenolles pour l’Art, mais je verrais très bien notre fringant premier ministre vouloir volontairement séparer son peoplehood de ses deux accompagnatrices dans l’intérêt de l’Art.

        Il serait ainsi débarrassé de cette affligeante appartenance au genre mâle de race blanche : il deviendrait enfin un quasi-LGBTQI. Un être neutre, moderne et recto-politiquement parfait.

        Votre éclaircissement sur la greffe asymétrique de couilles causant un “shift” vocal dans l’interprétation des bastrat tri-couillés ou penti-couillés (les médecins, ont-ils poussée l’enveloppe encore plus ?) m’a fait comprendre la raison pratique de la musique transposée : https://en.wikipedia.org/wiki/Transposition_(music)

        Merci, une fois de plus je me coucherai moins ignorant grâce à votre science.

  3. James C. dit :

    Gustav Leonhardt a produit une immense intégrale des cantates de Bach sur disques Das Alte Werke. Des enfants chantent les voix de femmes (ou plutôt de castrats). L’œuvre est magnifique et a nécessité de nombreuses années de travail.

    Bach le Maître, le Grand, qui n’a été redécouvert que par Felix Mendelssohn. Bach était tombé dans un oubli le plus complet. Le plus étrange est que Mendelssohn était juif et a retrouvé la musique sacrée chrétienne de Bach. Bach le Maître de la Fugue dont Beethoven, entre autres, a remis la Fugue à l’honneur dans ses grandes œuvres, dont sa magistrale Grande Fugue pour quatuor à cordes, dans les derniers moments de sa vie. Bach produisait au moins une œuvre par semaine, ceci pour faire vivre sa nombreuse famille de vingt enfants, un vrai gros contrat.

    votre humour sur les  »bastrats’ est une métaphore assez comique et ironique.

  4. James C. dit :

    C’était des garçons pré pubères qui chantaient les voix de sopranos à l’époque de Bach, dans les églises.

  5. Paul S. dit :

    Voici un aperçu du chant des bastrats : https://www.classicfm.com/music-news/videos/oktavist-low-bass/

    Il semblerait que l’art des bastrats soit surtout prisé en Russie.

    Une question : lorsque l’on donne à la Banque de testicules pour l’Art, est ce que l’attribution à l’artiste reste anonyme ?
    Sans doute, vous aimeriez pouvoir suivre la carrière de votre bastrat de près et partager son succès en sirotant votre cocktail d’hormones.

  6. Paul S. dit :

    Monsieur le prof. :

    Fait-on appel aux bastrats dans d’autres formes d’expression d’art vocal que l’opéra ?

    Paul Robeson en était-il un ?

    Merci d’avance,
    Paul S.

    N.B. : Espérons que ce chant divin d’un ange gauchiste amènera M. Jean-Luc à de meilleures dispositions.

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