QUEL AVENIR POUR LA RADIO ?

Publié: 17 août 2015 dans Uncategorized

RADIO01C’était dans les années 1980 au Saguenay. J’étais ce matin-là en studio – à CJMT je crois- avec Louis Champagne . Juste avant d’entrer en ondes, un recherchiste accourt et tend à l’animateur un papier en criant « Louis! Les BBM sont sortis! On est les meilleurs!!! ». Je dis alors à Louis, « vous n’êtes pas nécessairement les meilleurs, vous n’êtes tout au plus que les plus populaires ». Mais pour la radio privée, c’est ça qui compte. Si elle survit, c’est grâce aux commanditaires avec lesquels les auditeurs font affaire. La radio d’état n’a pas ce souci de survie car elle tète sans cesse et sans jamais être rassasiée, aux mamelles de cet état qui la nourrit de façon récurrente, grâce à nos impôts.

Quand j’enseignais le cours « Méthodologie de projets » aux étudiants en génie à l’université, je consacrais presque le tiers du cours à enseigner à mes élèves l’art et les techniques de la communication. J’invitais aussi comme conférencier dans ce cours, mon ami Louis Lemieux, alors correspondant au Saguenay pour le Téléjournal de Radio-Canada. Pendant l’heure qui lui était impartie, Louis racontait aux étudiants ses expériences comme journaliste qui avait souvent interviewé des ingénieurs et scientifiques qui étaient incapables d’exprimer clairement et en quelques minutes, la nature et les conséquences d’un problème scientifique ou technique, souvent en rapport avec une catastrophe qui touchait une population encore « sous le choc ». Je jugeais donc cette démarche essentielle dans le cursus de formation d’un ingénieur.

Symétriquement à cette démarche, une enseignante dans une école qui forme des animateurs de radio, m’a invité à deux reprises à participer à son approche pédagogique de l’animation radio. Les élèves étaient divisés en groupes de 3 ou 4, ils devaient choisir un billet de mon blogue qui les interpellait, et en faire le sujet d’une entrevue avec moi. À la fin de l’exercice, je communiquais mes impressions au groupe et au directeur de l’école. J’insistais sur
1-la maîtrise du français et la richesse du vocabulaire– on reconnaît un animateur alingue (qui ne maîtrise aucune langue) , entre autres indices, à la fréquence de ses by the way-
2- la culture – la culture débordant amplement du sport et du showbizz-
3- l’importance de se trouver un style et de le développer, le cultiver – comme un peintre ou un compositeur- puisque l’animation radio n’est pas seulement une technique, mais aussi un art.

Ces notions s’enseignent-elles dans une école d’animation radio ou d’art et technologie des médias?

Je vous livre ici en vrac quelques impressions suite à ma « carrière » d’interviewé.

J’ai fréquenté des studios de radio et télé privées où l’on m’accueillait avec un café expresso et où l’animateur s’assoyait avec moi pendant quelques minutes pour préparer son entrevue – c’était le cas de Mario Dumont et d’André Arthur– Des maquilleuses m’ont déjà fait des confidences sur l’animateur au micro duquel je serais ensuite livré en pâture.

On sent vite si l’animateur a préparé son entrevue. À chaque entrevue avec Paul Houde sur les séismes, je sentais immédiatement qu’il avait fouillé et travaillé son dossier. J’appris plus tard qu’il avait suivi des cours en génie géologique à Polytechnique, ce qui ne lui enlève aucun mérite.

J’ai découvert aussi la technique subtile et habile d’un Benoît Dutrizac désemparé, mais non complètement démuni , qui regrettait d’avoir ouvert en entrevue avec moi, une porte sur un sujet qu’il ne maîtrisait pas, qui aurait dû demeurer fermée, et qu’il tentait de peine et de misère de refermer en tournant le sujet en dérision.

Un soir, je dis à Joanne St Pierre du journal Le Quotidien,  que je trouvais affreuses certaines de mes photos qui paraissaient souvent dans le journal. Elle ouvrit alors un classeur et me laissa déchirer allègrement toutes ces photos de moi que je trouvais horribles. Merci Joanne!

Un matin d’hiver, les camionnettes de trois réseaux de télé concurrents se retrouvaient devant chez-moi au Saguenay. Ils voulaient voir comment je faisais la tournée de mes sismographes sur le terrain. « Ne vous bousculez pas! Y en aura pour tout le monde. » leur dis-je.

Au lendemain du séisme du Japon de mars 2011, j’ai eu chez-moi les camions satellites de Radio-Canada – RDI et de TVA – LCN de 8h am à 8h pm. Du jamais vu selon les techniciens et cameramen qui sont venus chez-moi. Ils étaient relevés à toutes les 4 heures, mais pas moi. J’étais debout depuis 4h30 am. À un certain moment, débordé de sollicitations médiatiques, j’ai demandé à la journaliste de la Radio-Canada locale, qui était chez-moi depuis 6h am,  de prendre les appels et de m’établir un « lineup ». TVA-LCN me dit « on veut 12 entrevues avec vous aujourd’hui et on vous offre 500$ » . À un moment, le micro de Radio-Canada tomba en panne, mais qu’à cela ne tienne, TVA a consenti à nous dépanner avec son micro. Parmi la trentaine d’entrevues de cette journée-là, la plus agréable fut sans doute celle avec Jean-Luc Mongrain. Il est capable de se mettre dans la peau de ses téléspectateurs et de choisir les images et clips adéquats pour illustrer les propos de son invité.  Je n’ai jamais sollicité de cachet ni dans les médias et encore moins dans les écoles. Radio-Canada ne négocie jamais avec moi et m’envoie toujours quelques semaines après l’entrevue , un chèque de 100$… que je n’ai pas sollicité, …. et un T4 en fin d’année. Mais je ne peux parler avec eux que de séismes, jamais de changements climatiques.

« On aimerait vous avoir en ondes vers 10h pour Salut bonjour »,… j’ai souvent dit oui, mais maintenant je dis non car je dois traverser la ville – une heure de trafic pour aboutir dans l’armoire à balais de la rue Myrand qui sert de studio à TVA à Québec.

Pour certains animateurs, responsables de l’information ou chefs de pupitre, vous êtes la personne ressource qu’ils veulent et préfèrent, car vous êtes capable de livrer un message clair, avec passion et conviction, et qui informera les auditeurs.

Pour d’autres, malheureusement, vous êtes le « collaborateur » grâce auquel ils se font une tête et surtout une crête. Peu importe votre message, pourvu que vous livriez à ces coqs un « show » spectaculaire avec plein de tsim boums pour tenir les auditeurs éveillés, ces tsim boums qui rendaient les opéras du médiocre Salieri infiniment plus populaires que ceux de Mozart, son rival. Et leurs auditeurs veulent savoir, la langue à terre, salivant et haletant, quel joueur de hockey a été surpris dans le lit avec quel joueur de baseball. Ils ne sont pas intéressés à savoir pourquoi ils continuent de payer à la pompe une taxe de carbone qu’ils sont les seuls à payer avec les Californiens en Amérique, et surtout pas les arguments scientifiques qui démontreraient la futilité de cette taxe.

Et dans une même station de radio, ces petits coqs se succèdent devant un micro qu’ils ont en commun, c’est d’ailleurs la seule chose qu’ils ont en commun, car ils sont loin de partager un idéal ou une œuvre commune. Chacun a son programme qu’ils appellent jalousement « mon show » et ne veulent rien savoir de ce que vous avez raconté au coq précédent de la même station sur le même sujet , la semaine précédente.

J’ai collaboré régulièrement avec certaines stations de radio ou de télé. Mais je m’essouffle. « Qu’est-ce que je pourrai bien raconter à Michel demain matin qui va intéresser ses auditeurs? » me disais-je en me couchant le dimanche soir. Convenir d’une collaboration régulière avec une station de radio ou de télé, c’est analogue à signer un contrat de chargé de cours dans une maison d’enseignement, et vous devez livrer la marchandise. Mais Michel a accepté d’espacer mes chroniques et d’en diminuer la durée. Surtout que ma chronique était juste après celle du Roi Arthur… un Goliath. Ce géant Arthur les éclipse tous. En tant qu’animateur, il a toujours eu le souci de mettre en valeur son collaborateur bien avant son propre ego. Il a été le mentor de plusieurs animateurs, dont certains me l’ont avoué candidement. Dommage qu’on l’ait relégué maintenant au rôle de collaborateur. Quelques entrevues avec moi lui ont suffi pour conclure et dire à ses auditeurs que je « cultivais l’art de la contrariété ». Il est en plus un clairvoyant.

Il m’arrive de retrouver des animateurs de jadis avec lesquels j’ai eu beaucoup de plaisir à collaborer, et certains sont devenus des amis.

Que sera la radio de demain? J’écoute la nuit en podcast, France Culture et le Canal Académie. On est attiré par ce que l’on aime et dans mon cas, par ce qui me rend moins abruti. Vous savez donc déjà que les déviations et ébats sexuels d’artistes et sportifs ne m’intéressent pas. Les découvertes en médecine m’intéressent tout comme la vie des grands écrivains, philosophes et compositeurs. Ceux qui suivent mon blogue savent aussi que je suis davantage perméable aux valeurs et idées de droite.

Des gens qui partagent des valeurs et idées communes se regroupent autour d’une bière sur leur terrasse. Ils ont un ordinateur et enregistrent leurs échanges, qu’ils diffuseront ensuite par satellite et que ceux qui aiment ce qu’ils racontent, écouteront avec attention. Fini les commanditaires, les CRTC et les BBM . Selon moi, c’est ça la radio de demain, libre de toute contrainte et surtout universelle.

Je pourrais raconter plein d’anecdotes sur ce milieu fascinant de la radio et télé, vu par un interviewé.

Peut-être en ferais-je le sujet d’une prochaine chronique, s’il se trouve encore des animateurs intéressés par les récits et délires d’un Capitaine Bonhomme Du Berger, de 70 ans. Et avec moi, les sceptiques ne sont jamais confondus… même s’ils ne sont pas climato-sceptiques.

Pour l’instant, j’en fais simplement un billet.

commentaires
  1. Gabriel Dufour dit :

    Excellent texte! Je me suis toujours demandé pourquoi vous acceptiez encore certaines entrevues avec des animateurs totalement abrutis (que je ne nommerai pas mais dont vous êtes certainement capables d’établir la liste de façon très précise). Ces animateurs, que j’essaie d’éviter depuis un bout déjà, qui vous bombardent de questions stupides et dont les opinions sont basées sur des recherches internet, qui vivent souvent le gros luxe grâce aux nombreux cadeaux de leurs annonceurs, d’ailleurs… Mais je comprends aussi votre démarche de vouloir faire en sorte que votre opinion soit entendue du plus de gens possible (du moins c’est ce que j’en déduis). Personnellement, je ne suis pas certain que j’endurerais leurs questions sans ne jamais rien dire!

  2. antoine dit :

    Cette chronique me parle, en quelque sorte. Je ne suis certainement pas un partisan de votre réthorique et plus largement, de votre personne, mais dans ce billet, vous marteler un clou qui doit être enfoncé. C’est que moi aussi j’observe ce déclin tranquille de la qualité intellectuelle du Québec. Vous me reprocherez possiblement cette réflexion générale et sans ambiguité, mais je la macère depuis un certain temps et votre billet aura su la faire ressurgir. La génération des baby boomers est vieille et elle fera partie du passé dans 30 ans. Malheureusement, j’ai le pressentiment qu’avec elle s’achève une époque où on se sera laissé croire que le Québec avait la capacité de nous assoir à la même table que les grands de ce monde. La suite des choses semble pourtant indiquer le contraire. Peut-être que finalement, nous sommes vraiment ce petit peuple qui assombri notre imaginaire collectif. Je le crois de plus en plus. La médiocrité est la norme chez nous. Ceux qui tentent d’émerger deviennent trop souvent le sujet de mépris. On dira d’eux qu’ils sont seuls sur leur piédestal, qu’ils sont hautains, on les rabaissera. Les radios dont vous parlez, Mr. Duberger, avec tout le respect que je vous dois et je ne doute pas que vous en êtes parfaitement conscient, ne le font pas par curiosité scientifique ou même pour stimuler le débat, elles reçoivent pour servir de numéro dans leur spectacle. Ces radios ont comme dénominateur de s’opposer l’élévation, ils sont le porte voix des gens ordinaires. Or, leur spectacle vise à faire entendre à ces gens ce qu’ils se disent déjà eux même entre eux. On caresse dans le sens du poil. Les numéros (comme dans un spectacle de cirque) s’enchaînent avec comme trame de fond l’audimat comme grand chef d’orchestre. On est loin, infiniment loin, des radios d’état francaises qui font de la radio d’une grande qualité (France Inter, France Culture, Arte) qui permettent à leur auditoire d’écouter les grands penseurs échanger entre eux, débattre, s’engueuler parfois, poétiser. On y est témoin du prestige intellectuel d’un grand peuple. Tout le contraire de ce qu’on entend au Québec. Ici, c’est des balivernes niaises, faciles, répétées en boucles, des invités unimodaux et qu’on semble réprimer lorsqu’ils tentent de rehausser moindrement la teneur d’une conversation. Le paysage médiatique Québécois est pauvre, terriblement pauvre et ca me rend très triste.

    • Reynald Du Berger dit :

      M. Antoine, j’apprécie votre rhétorique et partage votre point de vue. Le populaire est devenu populiste. Il faut plaire au peuple. Vous êtes gentil en parlant du « monde ordinaire », d’autres parlent du « vrai monde » Ces tis-coqs animateurs qui carburent aux cotes BBM, ont-ils pris seulement le temps de sonder le QI et le niveau culturel de ceux qui les écoutent. Obtenir une cote BBM de 80% de la part d’une bande de jeunes abrutis qui ne veulent que du pain (Metallica) et des jeux (Les Nordiques) est meilleur, selon eux , et selon les règles du jeu de la radio, qu’obtenir 20% de la part de vieux croulants érudits qui fréquentent en marchettes les salles de concert et écoutent les délires philosophiques d’Alain Finkielkraut sur France Culture.

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