BYE DEOUÉ !

Publié: 1 mars 2013 dans Uncategorized

ETLes contrôles étatiques de la vie des gens et des entreprises m’ont toujours déplu et souvent répugné. Les agents de l’Office québécois de la langue française scrutent maintenant avec leur œil tatillon, les menus des restaurants italiens. Ils sont fermement décidés à mettre au pas de la loi 101, ces délinquants propriétaires de restaurants, qui confondent les Québécois dans un spaghetti inextricable, un vocabulaire de la gastronomie italienne jugé par ces savants et autoritaires flics de la langue,  incompréhensible pour des béotiens québécois francophones,  gavés qu’ils sont depuis leur tendre enfance, de soupe aux pois et de steak haché accompagné de « pois verts » et de patates « pilées ».

Les médias ont largement et avec raison condamné ces raids linguistiques sauvages et incongrus, sur lesquels je ne reviendrai pas. Car notre langue française au Québec a davantage besoin d’être promue que défendue. Rappelons-nous l’époque où le gouvernement québécois a remplacé à grands frais tous les panneaux « ARRÊT STOP »  par de nouveaux,  affichant désormais « ARRÊT » Ces apôtres et polices de la langue française affirmaient ainsi leur fierté d’être québécois de langue française,  mais  de façon bien maladroite et surtout erronée, car les mots « stop » et « stopper » sont bien français et leur sens est très différent des mots « arrêt » et « arrêter ». Les Français qui viennent chez-moi sont surpris de voir ces arrêts bizarres imposés – impérativement et non pas impérieusement– aux usagers de la voie publique , tandis que chez-eux, on leur ordonne simplement, fermement et surtout clairement de stopper. On pourrait mettre cette erreur historique et néanmoins pérenne, sous le nez des policiers linguistiques de cet office, plutôt que les menus de nos restaurants italiens. Ça doit être un autre de ces « choix de société » comme on dit chez-nous. Mais il est impérieux – et non impératif– de promouvoir et surtout soigner notre langue.

Au cours des trente-trois années de ma carrière, j’ai vu défiler quelques générations d’élèves. J’ai assisté impuissant, à la lente mais inexorable détérioration de cette belle langue française, celle chantée et glorifiée par Duteil, pour la pérennité de laquelle le Québec prétend tenir encore haut et fièrement le flambeau, au-dessus de cet océan nord-américain dominé par l’anglais. Mais la flamme vacille, elle est menacée; non pas par l’ennemi anglais, mais par le Québécois lui-même, par son laxisme, sa paresse linguistique, et surtout, par l’appauvrissement graduel de son vocabulaire duquel découle forcément l’usage d’anglicismes voulus bien sentis, mais souvent employés de façon intempestive. 

Un animateur de la radio matinale de Québec, décrivant comment un ministre a été trahi par un membre de son cabinet qui a tenu un discours opposé au sien, dit « il a été backstabé ». « to back stab » veut dire poignarder dans le dos, tandis que trahir se traduit en anglais par « to betray » ou « to double-cross ». Sans lui prêter d’intention, si cet animateur matinal voulait ainsi démontrer à son auditoire sa maîtrise de l’anglais, il aurait dû dire « il a été bétrayé » ou mieux, « il a été double-crossé ». Cet animateur du petit matin – ou petit animateur du matin, les deux sont corrects dans mon dictionnaire personnel- ne maîtrise donc pas plus une langue que l’autre.

La pauvreté du vocabulaire du Québécois s’illustre de plus en plus par l’emploi d’expressions réductrices qu’il prétend passe-partout mais qui ne mènent nulle part. Incapable de nuances de par la paucité de son vocabulaire, le Québécois dit « ça vient m’charcher » pour décrire des situations ou des sentiments très différents les uns des autres, que les Français exprimeraient par « ça m’interpelle, ça m’émeut, ça me trouble, ça me gène, ça me bouleverse, ça me dérange, ça me concerne, ça me choque, ça me chagrine ».  Nos cousins, tout comme le reste de la communauté francophone, savent les nuances qui distinguent toutes ces expressions qu’ils connaissent, maîtrisent, et utilisent à bon escient. Quand j’étais jeune, c’est le taxi qui venait nous « charcher » pour aller chez grand-maman, car papa n’avait qu’un vélo pour sept personnes.  Mais je savais exprimer correctement,  verbalement comme par écrit,  les situations et sentiments que je viens de décrire. Dois-je insister sur les « il l’a échappé », « ça fa a job! » ou « s’garder une p’tite gêne »?

Au risque de me faire « tirer des roches » – on tire une voiture mais on lance des pierres ou des cailloux, car la roche est un matériau, comme l’asphalte ou le béton, et non pas un objet- j’adresse donc un requête urgente au Ministre de l’éducation des sports et loisirs, car ce ministre, chargé de la lourde tâche des sports et loisirs, doit aussi s’assurer,  entre la pratique de deux de ses sports ou loisirs, qu’on enseigne du bon français dans nos écoles; mais à en juger par le résultat, j’ai bien peur que les mandats sportifs l’aient emporté sur ceux éducatifs. Je demande néanmoins au Ministre d’introduire, en plus de la dictée et de la dissertation, la description de scène, dans les démarches pédagogiques d’apprentissage du français à l’école. C’est bien simple : on présente une scène à l’élève et on lui demande de la décrire en quelques phrases. C’est une façon efficace de mesurer la richesse ou la pauvreté du vocabulaire. La dictée ne peut pas mesurer cela, tandis que la dissertation ne l’évalue que très partiellement.

Je ne me gène jamais pour corriger le français de mes amis et j’aime bien qu’on corrige aussi le mien. Par exemple, dans certaines circonstances, comme j’ai cité plus haut, on utilise mal à propos les mots « impératif » ou « impérativement » au lieu des mots « impérieux » et « impérieusement ».  J’ai corrigé souvent des élèves qui mettaient à jour plutôt qu’au jour des gisements… mais ils créaient quand-même de la richesse…

Quand je parle de mon métier, de changements climatiques ou de tremblements de terre aux jeunes du secondaire en classe, j’en vois toujours un ou deux, malgré l’interdiction formelle de leurs enseignants, qui « pitonnent » en cachette sous leur table des « sa va? », des « té ou la? » ou des « ch’taime! » ponctués de « BTW » pompés des animateurs de radios populaires. J’ai mis du temps à décoder ce fameux BTW.  Si la tendance se maintient, on aura engendré d’ici quelques millions d’années, des jeunes aux doigts minuscules et au cerveau assorti,  qui finiront probablement leurs jours dans des CHSLD,  en se « pitonnant » mutuellement d’une chambre à l’autre des « tamalou? »

commentaires
  1. jean du berger dit :

    Tres bon papier J’endosse entierement

  2. crioux dit :

    « sa s’peut-tu! » (sarcasme)
    Voici un texte similaire que j’ai écrit il y a plusieurs années:

    http://www.crioux.ca/francais.html

  3. G. H. Larouche dit :

    Reynald, j’ai bien aimé ton article.

    Ça m’a rappelé un questionnement que j’avais déjà eu, à savoir, pourquoi il était écrit ARRÊT STOP sur les panneaux au Québec? Alors qu’il était écrit STOP sur le panneaux en France.

    Je pense même que j’avais conclu à l’époque, que le mot arrêt n’avait pas sa place, puisque le mot ARRÊT n’inclus pas la notion de temporaire contrairement au mot STOP.

    Encore un fois nos péquistes, nous ont fait passé pour des cons, à la surface de la planète, en enlevant des panneaux le mot qui aurait dû rester : STOP.

    Merci de minimiser mes frais de psychiatrie. Ça m’a fait du bien de la dire.

  4. Paul S. dit :

    Lorsqu’un quidam “a du FUN”, il ne PENSE plus en français. Ce n’est pas de l’anglais non plus. C’est du bâtard, sans vouloir offenser les parents du quidam.

    La femelle d’un TCHOM (ou chum), c’est quoi ? Une TCHOMINE (chumine), TCHOMESSE (chumesse) ou TCHOMIE (chumie) ?

    Étant donnée l’utilisation universelle du mot CHUM, l’OLF devrait le franciser et le codifier en y greffant le genre féminin, au lieu d’écœurer les anglophones et contribuer à l’essor de Toronto.
    Car c’est bien cela son rôle : tracasser ceux qui ne sont pas les nôtres.
    Cette officine ridicule ne corrige pas les animateurs à la radio et télévision, ni la langue utilisée dans les messages de publicité. On sévit pour un menu ou une affiche locale, mais on tolère NOS propagateurs, à grande diffusion, de mauvaises habitudes linguistiques.

    Le premier jour du “pastagate”, le porte-parole de l’OLF, ainsi que le ministre responsable, Mme De Courcy, ont déclaré aux reporters anglophones que la loi c’est la loi et qu’il fallait la respecter.
    Après que le Québec mesquin se fut ridiculisé sur la scène mondiale, la drôlesse et l’OLF ont blâmé un inspecteur anonyme trop zélé et la BOSSE (ou bossesse, bossine, qui sait ?) de l’OLF fut démise de sa fonction.
    Évidemment, les médias d’information francophones n’ont pas rapporté les réactions officielles du premier jour et l’hypocrisie des autorités ne fut pas exposée. Ni la rigueur excessive de la loi.

    La langue française est en effet très menacée au Québec, mais de l’intérieur : par la paresse intellectuelle, par le manque de rigueur, mais aussi par une bizarre propension au nivellement par le bas.
    Ma nièce, parle moins bien aujourd’hui qu’avant d’aller à l’école, il y a six ans.
    Elle s’est déjà fait dire par une amie : “Arrête de parler comme un dictionnaire”. Alors, elle parle le “Bouche-molle”, avale les syllabes, utilise le vocabulaire des adolescents, elle dit tsu, au lieu de tu (une particularité d’articulation féminine au Québec, que je n’ai jamais compris) et “elle a du fun”.
    Je me souviens, jadis au CEGEP, de toute la classe qui ricanait et la parodiait, lorsqu’une québécoise “pure-laine” avait fait son exposé dans un français recherché et avec un accent que toute la francophonie comprendrait. Nous étions à l’époque de la glorification du joual. En déclin de popularité celui-là, dieu merci.

    La Loi 101, les petits bonhommes mesureurs des lettres sur les affiches, les exhortations aux batailles d’arrière garde, le blâme aux nouveaux venus, l’excuse de voisinage avec un géant, etc.., tout cela ne fera aucune différence et le français régressera.

    Les trois menaces ci-haut relèvent des valeurs fondamentales d’une société. Au cours de l’histoire, ce sont les élites nationales qui façonnaient un système de valeurs (“core values”) pour chaque peuple. C’est pourquoi un allemand, un british et un français sont différents, sans ouvrir la bouche pour parler.

    Nos élites sont les petits bourgeois repus du Plateau Mont Royal, professant le dogme réducteur des réchauffardistes, sans en pratiquer les préceptes, car au Québec parler d’une vertu c’est suffisant pour la capter. Ils blâment les “anglais” pour nos malheurs et ils appellent souvent au resserrement des lois pour PROTÉGER LA LANGUE. Pour eux, point de salut sans l’intervention du gouvernement et ils le veulent énorme et dispensateur de largesses, payées par la plèbe.

    Nul ne dit qu’un petit peuple doit travailler plus dur que son voisin, à tous les niveaux (y compris les enseignants syndiqués) et que l’excellence est la seule option dans tout.

    Au fait, avons-nous vraiment une élite nationale ou point de référence, digne de ce nom ?

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