L'enseignant et la lutte au décrochage scolaire

Publié: 21 avril 2010 dans Éducation
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Par Reynald Du Berger,

Nos finissants de secondaire V sont à préparer leur bal de graduation. C’est important pour eux. Ils ont franchi une première étape de leur vie et il y en aura bien d’autres. Les médias  nous ont abondamment informés cette semaine de la plaie sociale qu’est devenu au Québec le décrochage scolaire. Une école de la région de Montréal présenterait un triste palmares record de 84% de décrocheurs.

On peut tenter d’identifier toutes les causes menant à cette situation, comme par exemple le milieu défavorisé dans lequel évoluent certaines clientèles étudiantes. On peut aussi accuser les nombreuses transformations ou réformes qu’on a fait subir à notre système d’éducation québécois au  fil des dernières décennies et qui se sont souvent soldées par des échecs scolaires encore pire que ceux qu’on voulait contrer. J’ai déjà dit sur ce blogue que je considérais que le problème était complexe, et impliquait tous les acteurs de la chaîne, des parents aux enseignants en passant bien sûr par les élèves eux-mêmes, les programmes et les infrastructures scolaires.

Je vais m’intéresser ici à  un de ces acteurs dont le rôle est névralgique pour la réussite de l’élève, l’enseignant. Comment nos enseignants peuvent-ils contrer le décrochage scolaire ou remobiliser ceux qui ont décroché? Examinons donc quelques causes mais  aussi quelques pistes de solutions possibles au problème du décrochage concernant ces maîtres de notre enseignement québécois.

La formation :

Pour intéresser un jeune à la biologie, est-il préférable que l’enseignant possède un bac en biologie ou un bac d’enseignement en biologie? La maîtrise de la langue française par l’enseignant est-elle adéquate? Quand on pense que le psychologue doit maintenant détenir un doctorat  pour exercer sa profession, le bac suffit-il encore à l’enseignant? L’enseignant possède-t-il toutes les connaissances nécessaires à une maîtrise suffisante de la science qu’il doit enseigner? Par exemple que connaissent de l’islam ceux qui doivent enseigner le nouveau cours d’éthique et culture religieuse?

La motivation:

L’enseignant a-t-il la passion de sa matière? L’élève repère rapidement l’enseignant non motivé  qu’on a par exemple obligé à enseigner un cours donné  qui n’est pas dans sa spécialité; son cours est en général monotone, les élèves s’endorment et n’ont pas le goût de poursuivre leur démarche d’apprentissage au delà du minimum requis pour « passer ». Les enseignants sont-ils à l’aise avec la matière qu’on leur demande d’enseigner?

Le plan de carrière:

Il y aurait lieu d’offrir à  nos enseignants un véritable plan de carrière analogue à celui qu’on offre à nos professeurs de l’enseignement supérieur. D’abord il faut un processus d’évaluation de l’enseignant non seulement par les élèves mais aussi par les pairs, à partir d’objectifs bien définis et révisés périodiquement à mesure du cheminement de l’enseignant dans sa carrière. Cette évaluation doit évidemment prendre en compte le degré de réussite des élèves qui ont bénéficié de son enseignement. Un tel  processus  d’évaluation doit nécessairement déboucher sur  un  système de promotion à différentes catégories. Le professeur performant sera donc récompensé en accédant à un titre auquel sera évidemment associée une prime salariale.

La profession et le titre d’enseignant :

Pour enseigner au Québec, il suffit d’être diplômé d’une université dont les programmes de sciences de l’éducation sont agréés par le Ministère de l’éducation, du loisir et du sport (je me suis souvent interrogé sur le lien logique entre  ces trois éléments). Il y aurait peut-être lieu de regrouper les enseignants en un ordre professionnel, la fonction principale d’un tel ordre étant évidemment la protection du public. Or je trouve anormal que l’on s’assure légalement de la compétence professionnelle de nos médecins, nos avocats, nos ingénieurs et nos infirmières en négligeant celle des maîtres à qui l’on confie l’éducation de nos enfants pendant  les années les plus importantes de leur croissance. Un tel ordre professionnel encouragerait également l’enseignant à poursuivre sa formation tout au long de sa carrière en lui permettant d’accéder à des activités de formation continue, à la manière des autres professionnels.

Nos enseignants québécois sont des éléments clés dans la formation et l’évolution de nos enfants vers une maturité qui fera d’eux des actifs pour notre société moderne dans laquelle les défis deviennent de plus en plus audacieux. Ils transmettent des valeurs et des connaissances qui font que nos jeunes passent à l’état d’adultes responsables et assurent enfin la qualité, la solidité et la pérennité de notre tissu social. Ils méritent respect.

commentaires
  1. Den dit :

    Bravo pour votre entrevue à RadioX!!!!

  2. Fernand Trudel dit :

    Nous ici à Québec 14 personnes du monde municipal partiront le 29 mai prochain à Bordeaux pour aller à un colloque sur le décrocrage scolaire.

    Aucun d’eux ne vient du milieu enseignant et encore moins des commissions scolaires ou du Ministère de l’Éducation mais gravitent autour du Conseil régional des élus de la région de Québec.

    On se demande si ce n’est pas le plaisir de visiter le vieux continent dans la Mecque du vin n’est pas le principal motif de cette délégation présidée par une conseillère municipal qui n’a même pas terminé son secondaire.

    C’est drôle vous n’avez pas eu besoin d’aller à Bordeaux pour comprendre le problème…

  3. Reynald Du Berger dit :

    @Fernand
    j’ai fréquenté suffisamment d’écoles secondaires au Québec et je suis suffisamment sensible aux enseignants et aux « enseignés » pour avoir repéré certaines des causes du problème. Il n’y a pas de solution, mais au contact de certains d’entre eux, je constate qu’il y a de l’espoir.

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