Par Reynald Du Berger,

Ce billet est une suite logique à celui que je vous ai proposé sur le niqab.

S’il vous arrive de fréquenter à l’occasion les écoles secondaires, et si comme moi vous appartenez à une autre génération, celle  que nos jeunes qualifient volontiers de l’âge d’or pour ne pas dire croulante, vous êtes sûrement surpris par certains vêtements ou parures portés par la relève qui est censée assurer notre avenir. Certains ont le fond de culotte qui traîne par terre, et vous verrez même des jeunes arriver à l’école en T-shirt par des froids sous zéro. Ils semblent aussi insensibles au froid qu’à la parole de leurs  enseignants. Ils ont souvent aux pieds des gougounes griffées qui valent plus de 200$ tandis que leurs parents portent des espadrilles à 45$.

Certains québécois protestent contre les symboles religieux ostentatoires et les kirpans dans nos cours de récréation. D’autres sont offensés par les casquettes tandis qu’ils acceptent sans sourciller les foulards islamiques et les kippas juives.

J’ai déjà demandé à des garçons d’une école secondaire au Saguenay où je faisais plusieurs présentations sur l’islam et les pays arabes et islamiques que j’avais visités, pourquoi ils ne portaient pas à l’école,  la casquette qui leur était pourtant si chère. On m’a alors répondu « c’est contre le code de vie de l’école ». Quelle surprise d’apprendre que l’école était un milieu de vie, moi qui la croyais d’abord un milieu d’apprentissage, un milieu de transmission des connaissances!  Au risque de me faire ici trucider par les parents qui lisent ce billet et ont horreur des sempiternels et insistants  « pourquoi? » de leurs ados et au risque aussi de me faire expulser de l’école pour avoir suggéré aux élèves de défier l’autorité, les avoir incités à la sédition, je leur ai conseillé d’aller voir  la directrice, pour  lui demander de rencontrer la ou les personnes qui sont à l’origine de ce « code de vie », et de les sommer de leur expliquer en quoi la casquette d’un jeune qui veut peut-être exprimer par là sa masculinité – et on sait comment certaines éducatrices font tout pour émasculer ces pauvres garçons- en quoi cette casquette les gêne, tandis que le foulard islamique d’une élève musulmane ne les gêne pas du tout. Si la réponse ne les satisfaisait pas, je leur ai suggéré d’arriver un matin, tous coiffés de la kippa. Aucun enseignant québécois, « raisonnablement » conditionné par messieurs Bouchard et Taylor, n’osera les sommer de la retirer. Puis, lentement, tel un têtard qui se transforme en grenouille, ils n’auraient qu’à augmenter progressivement la taille de leur kippa et enfin la doter d’une visière (afin de protéger leurs yeux de la lumière lors de la lecture de la Torah). Ils auront ainsi réussi à convertir un accoutrement qui se voulait à l’origine symbole religieux,  en un article vestimentaire qui leur est cher, mais défendu. Et ils auront aussi eu  l’occasion d’illustrer le principe d’évolution aussi cher à Darwin qu’à leur professeur de biologie.

Quand j’étais au Yémen, j’ai été  surpris d’apprendre que la jambya, ce gros poignard arabe, pourtant le symbole de la masculinité par excellence pour un jeune -après la kalachnikov bien sûr-  et qui est portée accrochée à un ceinturon doré par tous les hommes yéménites dignes de ce nom, n’était pas tolérée dans certaine écoles de Sanaa. Auraient-ils eu vent de nos « codes de vie » québécois? Par contre, quand vous voyez un jeune sans jambya dans les rues de Sanaa, soit qu’il ne la porte qu’à l’école pour affirmer ainsi sa masculinité auprès de ses camarades, soit qu’on le soupçonne d’un vol ou autre acte criminel, et la police la lui a alors retirée en attendant la résolution de l’affaire. La photo qui illustre ce billet montre le chauffeur yéménite de 4×4 qui m’a amené camper un soir avec mes ami(e)s au bord d’un canyon de l’Hadramaout. Il m’a offert sa jambya avec son ceinturon doré et je l’apporte souvent dans les écoles pour la montrer aux jeunes qui sont surpris par ce gros poignard arabe tout comme par ces grosses boules de qat que la majorité des Yéménites se calent dans la bouche quotidiennement à partir de 14h.

Les accoutrements et accessoires arborés par nos jeunes ne sont pas que des vêtements ou des symboles mais ils sont aussi des messages. Les jeunes vous révèlent ainsi leur niveau de vie, qui est  le plus souvent celui de leurs parents ou celui qu’ils rêvent d’avoir un jour. Ils vous disent aussi qu’ils appartiennent à des clans, des sectes, des castes, des groupes, écoutent telle ou telle musique, et partagent telle ou telle valeur, qu’à défaut de pouvoir exprimer clairement et correctement dans leurs travaux scolaires en français, ils expriment de façon ostentatoire par leurs vêtements et accessoires.

Il revient à vous parents de faire l’éducation vestimentaire de vos juniors. Il y a des circonstances qui appellent à la dignité, au respect, d’autres à l’expression d’instincts débridés. La modération a toujours meilleur goût. Mais ils ont le droit, tout comme leurs enseignants,  d’être choqués par des symboles que certains pensent religieux, mais qui sont en réalité  l’expression de « valeurs » auxquelles ils n’adhèrent pas, comme le foulard islamique, symbole de l’asservissement de la femme.  Ils ont alors le devoir d’exprimer leur désaccord et d’exiger que le « code de vie » de leur école les interdise. Pas besoin de loi pour ça. Juste besoin d’un directeur ou d’enseignants qui portent leur culotte.

Mais comment alors démêler toutes ces expressions de foi, souvent contradictoires entre elles, (foulards islamiques, croix chrétiennes dorées, kirpans, turbans) de masculinité (casquette) ou de féminité (anneaux dans l’oreille, le nez, la lèvre, le sourcil ou le nombril, – et pour ce dernier, exprimé de façon ostentatoire par Jessica grâce a des jeans moulants et à taille basse, plus intéressante pour Kevin que Francine, la vieille fille acariâtre frustrée au tableau, qui tente en vain de lui expliquer les règles de l’accord des participes passés-). Comment décider de ce qui est acceptable et de ce qui est choquant?

Au Burkina Faso, j’arrivais aux puits à 6h du matin pour y retrouver les femmes toutes aux seins nus. En leur serrant la main, j’évitais de regarder ces seins « que je ne saurais voir » et cachais mal ma gêne. Quant à lui, mon vis-à-vis géologue burkinabé, en visite au Canada,  m’a exprimé sa gêne devant ces jeunes québécoises aux seins certes  cachés mais aux cuisses charnues et mises  bien en évidence, par ces mini-shorts serrés qui invitaient selon lui à la concupiscence.

Qui que vous soyez, Esprit-saint, Allah, Bouddha, Nike,  Metalica,  ou Jessica, …  éclairez-moi !

commentaires
  1. Renee Houde dit :

    Merci pour votre billet M. Du Berger.

    Bonne petite fille catholique, je suis allée au couvent comme pensionnaire, ce que faisaient toutes les filles et garçons, dans ce temps là, qui avaient des parents qui pouvaient payer.

    Nous avions tous des uniformes, bas noirs, robe noire, collet en plastique avec une boucle en satin et manchettes blanches. Nous devions cirer nos chaussures et bien se peigner en plus de se laver tous les jours.

    Je n’ai guerre souffert d’identité même si je ne raffollait pas de l’accoutrement (mot bien choisi). Une chose merveilleuse c’est que cela ne coûtait pas chèr de vêtements à nos parents et il n’y avait pas de chicane pour exiger des Nike…etc.

    Par contre, en fin de semaine, nous avions le droit de nous habiller comme nous voulions, c’est à ce moment que l’on pouvait s’identifier brièvement et se donner un genre, quelques filles vraiment riches avaient des gilets en cachemire…etc. Les autres se doutait qu’est ce que c’était du cachemire. Un chose est sûre nous avons appris d’être respectueux et disciplinés et chacune avait sa personnalitée même avec accoutrement.

    L’hiver passé,j’ai passée trois mois à San Miguel de Allende, et j’ai remarqué que beaucoup d’enfants avaient des uniformes avec un style moderne, c’était vraiment mignon, rien de noir naturellement. Si je fondais une école demain , les enfants auraient un uniforme.

    Je suis totallement d’accord avec vous, les accoutrements d’aujourd’hui sont vraiment de mauvais goût, dans plusieurs cas. Il me semble que les vêtements reflète la société dans laquelle nous vivons….et c’est un peu trop déboutonné pour mon goût.

    Je suis contente de ne pas être une « vieille fille ». Ca existe encore aujourd’hui?

    • lutopium dit :

      « …qui avaient des parents qui pouvaient payer. » Intéressant ce commentaire…

      • Renee Houde dit :

        Et bien oui, Jocelyn (Lutopium), mon père et ma mère ont travaillés très fort, tu trouves cela intéressant!? Pourquoi? Mon amie avait des gilets de cachemire et c’est drôle mais je n’ai jamais senti de jalousie ou trouvez cela intéressant parce qu’elle venait de parents très riches…aides moi à comprendre ce que tu essaie t’insinuer. Tu aimes vraiment t’exprimer sur ce blogue…mais ce commentaire…!

      • Isabelle Robillard dit :

        Très bien répondu Mme Renée Houde.

        Quand on veut bien prendre les moyens pour réussir dans la vie (la nôtre et celle de nos enfants), c’est fou toutes les possibilités qui s’ouvrent à nous!

  2. Reynald Du Berger dit :

    @Renee
    Je suis aussi un partisan de l’uniforme scolaire. Le jeune qui a vraiment une personnalité remarquable sait se démarquer par ses gestes, ses paroles ses attitudes et non son accoutrement. Sauf que l’apprentissage des gestes, paroles et attitudes, c’est ça l’éducation. Je me souviens de cette fille aux moeurs un peu légères qui s’est un jour pointée à l’école avec du rouge aux lèvres. La religieuse l’a trainée jusqu’au lavabo de la toilette afin de tenter de lui laver les lèvres au savon du pays. Mal lui en prit: la jeune fille sauta sur la religieuse et lui arracha sa cornette. Horreur! pour la première fois de ma vie je voyais une femme au crane rasé! J’en ai fait un cauchemar.

  3. Bernard dit :

    Moi, j’étais chez les Frères Sainte-Croix. C’était dans Hochelaga-Maisonneuve, quartier, je dirais, dur. Il y avait des taupins dans les classes. La congrégation Sainte-Croix avait dépêché ce qu’il fallait comme enseignants dans le quartier. Pas beaucoup de taupins se sont essayés. Le peu de fois que ca s’est passé, on a eu droit a un spectacle qui ne lassait pas de doutes quand a qui menait a l’école… et c’était pas les taupins du quartier.

    L’autorité régnait… on apprenait… je n’ai que de bons souvenirs de cette époque.

  4. derteilzeitberliner dit :

    Mon ancienne école secondaire, justement à Saguenay, a imposé l’uniforme/tenue obligatoire il y a peu. Pour contrer l’habillement sexy, a-t-on dit.

    Étrangement, je trouve que les jupes des jeunes filles sont un peu courtes pour un uniforme scolaire que l’on veut modeste (certaines les ont à la mi-cuisse).

    Comme quoi l’uniforme scolaire ne règle pas nécessairement le problème!

    • Renee Houde dit :

      @ derteilzeitberliner

      L’école n’a qu’à spécifier la longueur des jupes, disons 4″ en haut du genoux. Les enfants aiment les règles très clairs. Sinon…

  5. Sébas dit :

    Merci !!!

    J’ai rarement rigolé autant en lisant un texte… et en plus, l’humour rend les idées encore plus percutantes.

    J’en veux plus !🙂

    P.s.
    Si la go-gauche a été aussi forte pendant longtemps, c’est qu’elle faisait rire le « bon peuple »… (en plus d’avoir un état non-déficitaire/non-endetté, légué par les méchants « droitistes », comme Duplessis…mais passons, car la gauche va dire: « ça na par rap’  » )

  6. Julie Tremblay dit :

    Bon, bon, la petite suceptibilité québécoise qui ressort! Bon, de toute manière, des pensionnats, il n’y en a plus beaucoup et des écoles avec des costumes non plus. Quoi qu’il en soit, riche ou pas au bout du compte c’est le même prix pour le bonheur ou le malheur. Si le bonheur dépendait de la richesse, tous les pauvres se suicideraient et il n’y en aurait aucun chez les gens pourant un peu top gras pour être pauvre!

    Pour ce qui est des accoutrement raisonnables, le délire des uns ressemble au délire des autres. Cacher la femme qu’on ne saurait voir ou montrer la femme que l’on veut voir. Etrange comme religions non? J’avoue toutefois que le plus déraisonnable est de porter un poignard à la ceinture au Canada et la face couverte au Canada.

    Ce genre d’accoutrement déraisonnable convient à des moeurs dans des pays où c’est raisonnable mais pas ici. C’est un droit de religion? Bin non, la foi et la manière de s’habiller sont deux choses différentes. Mais quand-être que quelqu’un d’assez raisonnable va finir par en faire la démonstration à la Cour Suprême ou dans une légistation de nos gouvernement?

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