PAUVRE IRAN

Publié: 13 janvier 2020 dans Uncategorized

iran

* Persepolis, quatre étudiantes en vacances. La deuxième cache un sac de chips en plein ramadan.

 

Novembre 2003. J’étais dans la salle d’attente du départ de mon vol d’Iranair de Paris à Téhéran avec une douzaine d’autres touristes français. Nous achevions de boire une dernière bière quand notre guide demanda aux femmes de se couvrir de leur tchador pour l’embarquement.

L’ambiance du vol était calme et pas tellement différente d’un vol normal sauf que les hôtesses de bord étaient toutes vêtues de noir des pieds à la tête et elles portaient même des gants noirs. Je me souviens que dans le film qu’on nous projeta à bord, toutes les femmes portaient un tchador. Repas sans alcool évidemment.

En 2003,  le Canada entretenait  encore des liens diplomatiques avec l’Iran et j’avais obtenu facilement un visa d’entrée en m’adressant à l’ambassade d’Ottawa. Comme je le fais pour chaque voyage en pays étranger, j’avais préalablement lu les « avis aux voyageurs » du gouvernement canadien concernant l’Iran. Je savais donc à quoi m’attendre, quoi faire et ne pas faire.

À l’arrivée, quand j’ai vu qu’on fouillait nos bagages, j’ai repéré une poubelle et me suis vite débarrassé de la dizaine de CD de musique rock américaine que j’avais apportée pour offrir éventuellement à de jeunes Iraniens, sachant que cette musique est interdite en Iran. J’aurais risqué des ennuis si on avait découvert ça dans mon bagage de cabine.

Contrairement à la croyance de beaucoup de Québécois, l’Iran n’est pas un pays arabe. C’est la Perse. Les Iraniens sont plus scolarisés que les Québécois. Il y a moins d’analphabétisme en Iran qu’au Québec.  J’avais choisi de visiter la Perse pendant trois semaines, découvrir l’histoire de cette grande civilisation, aussi importante que celle des Grecs et des Romains. Je voulais aussi voir ce qu’il en était advenu sous le régime des Ayatollahs.

J’y ai visité plusieurs sites archéologiques dont la célèbre Persepolis,  toujours accompagné depuis Paris, par un guide français exceptionnel. J’ai fait plus d’une vingtaine de séjours au moyen orient et les plus belles mosquées sont en Iran.

Nous y étions cependant pendant le ramadan et devions donc déjeuner derrière un rideau. Un jour, notre car était stationné parallèlement à un autre dont les rideaux étaient tirés. Je vois soudain un rideau s’entrouvrir et un jeune qui me montre des cartes à jouer avec un léger sourire… les jeux de hasard sont interdits en Iran. Il y avait aussi à Téhéran des antennes paraboliques camouflées par des tchadors. À deux reprises, j’ai eu affaire à la police religieuse parce que j’avais eu des contacts avec des Iraniens.

 La deuxième fois c’était avec un jeune professeur d’anglais croisé dans ma promenade avant le dîner. Il me présente sa fiancée et m’invite à gravir un escalier pour me présenter son collègue. On prend le thé et il me demande si je n’aurais  pas aussi la courtoisie d’adresser quelques mots à sa classe d’anglais. Je me retrouve donc devant une trentaine de jeunes hommes tous apparemment fébriles d’entendre un Canadien !…

Le professeur était encore plus excité que ses élèves. Il me présenta comme un Canadien, une espèce rare en Iran. Les élèves pouvaient me poser en anglais dit-il,  toutes les questions qu’ils voulaient. D’entrée de jeu et histoire de tester leurs connaissances de l’occident moderne, j’écris le nom de Céline Dion au tableau et spontanément, un élève répond « Titanic ! »… Les premières questions furent anodines, mais vint finalement une question plus délicate à propos de mon opinion sur le régime politique de leur pays. Ne connaissant pas l’orientation politique du professeur pas plus que celle des élèves, je m’en tirai en prétextant, vu qu’on approchait de 20h, devoir me retirer afin de rejoindre mes compagnons de voyage à l’hôtel pour le dîner. Le professeur me demanda alors s’il pouvait me rencontrer à mon hôtel vers minuit. Il voulait connaître les conditions d’entrée au Canada pour un jeune professeur comme lui. Les deux agents de la police religieuse, prévenue par la réception,  n’ont probablement pas pu saisir notre conversation, la musique de fond du hall couvrant heureusement notre conversation.

Dans le vol de retour, le bruit de la présence d’un Canadien à bord s’est vite répandu et j’ai eu la visite d’un cinéaste français établi à Téhéran,  et d’un jeune ingénieur iranien, qui allait à Paris pour tenter d’obtenir un visa d’entrée au Canada. Ses chances étaient excellentes, vu sa profession et vu qu’il avait déjà un oncle qui faisait des affaires à Toronto, là où il projetait de s’établir.

Des Iraniens ont donc abattu un avion ukrainien dont la majorité des passagers étaient iraniens, et certains avaient aussi la nationalité canadienne. Cela m’interpelle car suite à ce voyage,  j’ai développé un lien privilégié avec ce peuple. J’ai aussi des amis parmi la diaspora iranienne au Saguenay.

C’est une grande perte pour le Canada. Ces Iraniens-Canadiens n’étaient pas des truands trafiquants de drogue qui foutent le feu à des bagnoles à chaque 31 décembre, mais des citoyens respectables, des scientifiques, ingénieurs, médecins, chercheurs, professionnels,  dont nous avions grand besoin.

Ce crash, qu’il soit intentionnel ou non, a provoqué la colère et la révolte de milliers d’Iraniens. On commence à manifester dans les rues à Téhéran contre le régime des mollahs. La chape de plomb des Ayatollahs commence à fondre. L’Iran doit réaliser que le pays est en train de perdre ses meilleurs éléments.

Je souhaite sincèrement que si ce sympathique ingénieur rencontré à bord de mon vol de retour a obtenu son visa, qu’il n’ait pas été parmi les victimes du crash.

mausolée

commentaires
  1. Normand dit :

    Bonjour Mr Du Berger,

    Il est difficile d’extrapoler ce que serait le présent si on modifiait des événements du passé (effet papillon)…

    Qui sait ce que serait devenu l’Iran aujourd’hui (et le moyen orient?) si les Britanniques (et un peu aussi les Américains) n’étaient pas intervenus pour contribuer à renverser, au début des années 50, le régime de Mohamad Mossadegh qui voulait établir un régime démocratique laïque et enrichir son peuple en nationalisant le pétrole.

    À quel point l’occident a crée les conditions propices à l’émergence du fanatisme religieux en favorisant l’instauration de la dictature du Shah ?

    https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Mohammad_Mossadegh

    • roc dit :

      humm ce n’est que mon avis mais je pense qu’il serait devenu comme la canada avec un Trudeau a sa tête !

    • Paul S. dit :

      Cher Normand,

      Vous faites écho à l’auto-culpabilisation occidentale : “À quel point l’occident a crée les conditions propices à l’émergence du fanatisme religieux ..”

      En Iran, comme ailleurs, le fanatisme religieux était présent depuis l’adoption de l’Islam par le peuple résidant dans une contrée. Cette adoption était forcée, plus souvent qu’autrement.

      N’oubliez pas l’essence même de cette religion : « l’Islam » est le mot arabe qui signifie la soumission à Dieu.
      C’est une religion de conquête et les musulmans fanatiques, “émergés” par Mahomet, n’ont pas attendu le néocolonialisme occidental pour pratiquer ses préceptes, tout au cours du moyen-âge et après.

      Mais, l’homme blanc doit être toujours coupable.

      Quand Trump extermine la vermine porteuse de choléra, au lieu d’applaudir, Radio Canada lui attribue la responsabilité de la mort de passagers canado-iraniens dans l’avion abattu par les rongeurs iraniens.

      Devant l’Islam militant, si vous rampez, vous serrez écrasé.
      Cela, les bien-pensants l’ignorent, car ils ne voient que les musulmans pacifiques. Ces derniers sont les premières victimes quand les musulmans radicaux sont au pouvoir.

      Bonne Année,
      Paul S.

      • Normand dit :

        Bonjour Paul,

        Le renversement du régime Iranien PRO-DÉMOCRATIE LAIQUE de Mossadegh est un FAIT HISTORIQUE…

        Le fait que le vide crée ait été comblé par des fanatiques religieux est UNE CONSÉQUENCE…

        La notion de culpabilisation d’homme blanc est une ÉMOTION (dont je ne souffre aucunement d’ailleurs)…

        L’épouvantail d’une émotion ne constitue pas un argument pour analyser objectivement des faits historiques… et l’interventionnisme implique souvent des conséquences inattendues.

      • Paul dit :

        Monsieur Normand,

        Je suis au courant, à propos du coup contre Mossadegh, ainsi que de la répression omniprésente, menée par la Savak du Shah pendant le règne de ce dernier.

        C’est le postulat d’émergence du fanatisme religieux islamique, après le coup d’état, qui me chicotte.

        D’abord allié de Mossadegh dans la nationalisation du pétrole en tant que leader à la chambre basse au parlement, l’opportuniste Ayatollah Kashani avait plus tard organisé pour le compte des anglo-américains les soulèvements de rue et il avait joué un rôle crucial dans le renversement du gouvernement Mossadegh. Le général qui a dirigé l’insurrection militaire et le shah, revenu de l’exil, sont allés remercier l’Ayattolah pour son aide.

        Kashani avait des liens étroits avec les « Fedayeen de l’Islam ». Ce groupe fondamentaliste, crée en 1946, menait ses activités terroristes avant, pendant et après le court épisode Mossadegh.
        Les Fedayeen, fanatiques de tous les temps, ont éventuellement installé au pouvoir l’Ayattolah Khomeiny, lui même un disciple de l’Ayattolah Kashani.

        Ces faits historiques augmentés (par rapport à une simple constatation) ne supportent pas l’assertion que “.. le vide créé ait été comblé par des fanatiques religieux ..”

        Comme je l’avais indiqué, le fondamentalisme / fanatisme musulman était présent depuis le septième siècle, parfois en dormance sous les régimes coloniaux.

        Ces derniers ont été affaiblis par la Deuxième guerre mondiale, ce qui a donné plus de place aux fondamentalistes qui pouvaient enfin sortir de clandestinité et recruter.

        Bien d’accord, le succès de Mossadegh était souhaitable, mais sa réussite à long terme, douteuse.

        À preuve, les succès électoraux d’islamistes de temps modernes, partout dans les pays musulmans qui ont tenté de pratiquer la démocratie électorale.

        La culpabilisation de l’homme blanc par les médias (“mainstream”) occidentaux est facile à constater en analysant les reportages, tous conformes aux préceptes de la rectitude politique.
        Les journalistes, en voulant présenter des faits équilibrés se font un devoir de blâmer l’Occident, même s’il faut parfois créer un narratif fictif pour cela.

        En même temps, on peut constater l’occultation de méfaits islamistes (pour ne pas alimenter l’ostracisation de musulmans).

        Enfin, il suffit d’un rien pour évoquer le suprématisme blanc, surtout depuis la victoire de Trump.

        Si la méfiance par rapport aux médias est une émotion, alors au moins elle me permet de ne pas être enfariné.

  2. Agirard dit :

    C’est drôle de voir des gens mettre toujours la faute sur l’Occident. C’est comme se mettre un voile sur la figure… les iraniens aussi ont leurs imbéciles…

  3. Carlos dit :

    Le film (Persepolis) est assez intéressant. Sur ma chaîne YouTube, j’ai fait une analyse sur lui et sur d’autres films pour adultes réalisés avec animation numérique. Si vous voulez vérifier c’est le lien👇

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