
La guerre contre l’Iran dont une des conséquences est le blocage du détroit d’Ormuz, nous fait réaliser l’importance de notre dépendance aux énergies fossiles.
Il y a les pays qui n’ont « pas de pétrole, mais qui ont des idées » comme la pub française claironnait lors du premier choc pétrolier de 1973.
Il existe aussi des pays ou provinces qui ont du pétrole et du gaz, mais qui restent passivement assis dessus en refusant non seulement de l’exploiter mais même de l’explorer. C’est le cas du Québec qui vit toujours avec un moratoire interdisant toute exploration de carburants fossiles sur son territoire. Afin de protéger l’environnement nous dit-on.
Un nouveau contexte géopolitique.
La guerre contre l’Iran a changé rapidement et lourdement la donne. Donald Trump avec son « drill baby drill » a rendu non seulement son pays énergiquement indépendant, mais exportateur de gaz naturel liquéfié (GNL) que les États-Unis vendent à l’Europe à un prix deux fois plus élevé que celui des Russes.
Récemment, la candidate à la chefferie de la Coalition Avenir Québec (CAQ) Christine Fréchette se disait prête à rouvrir le dossier des gaz de shale. Elle oublie que son idée qu’elle croit peut-être originale, fait depuis longtemps partie du programme d’Éric Duhaime, le chef du Parti conservateur du Québec.
Mais de quoi parle-t-on au juste ?
Le shale que nos cousins français appellent à tort schiste (le schiste est une roche métamorphique qui ne peut donc en aucun cas contenir de gaz) est une roche sédimentaire tendre, de couleur gris foncé à noire. Lors de sa sédimentation elle contenait de la matière organique laquelle a donné finalement naissance au gaz et au pétrole qu’elle contient.
Un des meilleurs endroits pour observer ces shales autour de Québec est sans doute le Parc de la chute Montmorency, au pied de laquelle le shale se présente en couches fortement inclinées. C’est le shale d’Utica, du nom de la ville d’Utica (New York) où la formation géologique a été observée pour la première fois. On en observe aussi le long de la Terrasse Duferin. En haut de la chute Montmorency on peut observer le contact entre le shale d’Urtica et le calcaire de Trenton. Les deux roches sont d’âge ordovicien (450 millions d’années) et sont riches en fossiles (graptolites, gastéropodes, trilobites, etc).
Le shale d’Utica est présent le long du St Laurent de Québec jusqu’au Cap Tourmente. Il est omniprésent dans les Basses-Terres du St laurent entre Québec et Montréal.
Des preuves historiques de la présence du gaz de shale.
Le 5 février 1663, un grand tremblement de terre secouait tout l’Est de l’Amérique du Nord. La magnitude devait être autour de 7,5 et on croit que l’épicentre pouvait fort bien se situer dans la région à séismicité bien connue de Charlevoix-Kamouraska. Marie de l’incarnation à propos de ce séisme écrit à son fils en France «on voit des fontaines de boue qui giclent jusqu’au faîte des arbres et qui retombent sur les vaisseaux à l’ancre devant Québec, comme jetées par des mains invisibles ».
Plus récemment au lendemain du tremblement de terre du Saguenay du 25 novembre 1988, un fermier du nord de l’État de New York observa le même phénomène, probablement causé par le réactivation de la faille Clarendon-Linden. Il eut la brillante idée d’enlever la porte d’un vieux frigo, de le coucher par terre et d’acheminer à l’aide d’un boyau, le précieux gaz jusqu’à sa maison qu’il a pu chauffer ainsi gratuitement pendant tout l’hiver.
Plus près de nous cette fois-ci à Québec, lors de travaux d’excavation derrière l’hôpital de l’Enfant-Jésus, pour la construction du nouveau complexe hospitalier, on tomba sur ce qu’on a appelé « une poche de gaz ». J’avais ironiquement alors suggéré qu’on chauffe le nouvel hôpital avec ce gaz providentiel.
Les nombreux forages effectués dans les Basses-Terres du St Laurent ont aussi révélé la présence de gaz. Le pionnier dans l’exploration des gaz de shale est sans doute mon ancien élève, l’ingénieur géologue Jean-Yves Lavoie, président de la firme Junex, qui a fait les premiers forages sur l’île d’Anticosti. Par la suite, il fut victime d’actes qu’on peut appeler d’écoterrorisme de la part d’un groupe de militants écologistes. On a jeté du goudron sur sa maison et sur son véhicule dont on a aussi brisé les vitres et entaillé les pneus. « Nous ferons ce qui est nécessaire afin d’empêcher les compagnies comme Junex de mener à terme leurs plans destructeurs », a assuré le groupe anonyme dans son texte à la presse.
Quel avenir pour le Québec ?
Le Québec a connu plusieurs moratoires successifs sur l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures. Le plus récent date de 2022 (Loi 21) « Loi mettant fin à la recherche d’hydrocarbures ou de réservoirs souterrains, à l’exploitation d’hydrocarbures et à la production de la saumure ».
La fracturation hydraulique, laquelle constitue le cœur de la technologie de l’exploitation des gaz de shale est maintenant bien au point et les accidents comme la pollution de nappes phréatiques qu’on a connus au début sont devenus très rares et faciles à éviter.
Il faudra bien sûr envisager les études environnementales appropriées, expliquer à la population la technologie et les faibles risques, mais comme dans toute entreprise d’exploitation de ressources naturelles la décision finale repose sur le rapport bénéfices / risques.
C’est avec l’exploitation de ce gaz sur lequel il reste présentement passivement assis, et non avec des emprunts aux banques, ou pire, avec la péréquation, que le Québec pourra se payer les infrastructures et les programmes sociaux qu’il mérite.
*Dormir au gaz est une expression québécoise signifiant ne pas réagir à une situation, manquer de vigilance. En France on dit « s’endormir sur le rôt ».